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Drôle de genre

Réflexions anthropologiques à propos d’un « 3e sexe social » chez les Inuit” (2006)
Publié le dimanche 25 mars 2007.


Une amie m’a récemment communiqué l’existence de cet article de l’anthropologue Bernard Saladin D’Anglure de l’Université Laval de Québec. Il décrit sa découverte de la manière dont les inuits intégrent les questions de gender variance dans leur culture.

Bernard Saladin d’Anglure est né en France, en mai 1936. Il est devenu anthropologue et s’est tout particulièrement intéressé aux habitants du grand nord. Il a publié d’importants travaux sur le chamanisme et sur l’organisation politique des Inuit. Il a également encouragé ces derniers à prendre en main les travaux d’anthropologie que d’autres réalisaient sur leur société. Les personnes intéressées trouveront une biographie sur le site les classiques des sciences sociales du sociologue Jean-Marie Tremblay.

Bernard Saladin d’Anglure est l’auteur de Être et renaître inuit, homme, femme ou chamane publié en 2006 chez Gallimard.

C’est une amie, historienne et transgenre canadienne, elle-même métisse et ardente défenderesse de leur cause qui m’a signalé l’existence d’un article disponible on-line de cet auteur intitulé "Drôle de genre - Réflexions anthropologique à propos d’un ’3eme sexe social’ chez les Inuit"

Dans cet article l’auteur décrit sa découverte progressive de tous les éléments du mode de vie des Inuit qui lui font dire qu’ils ont constitué un troisième genre. Cela concerne autant la manière d’éduquer les enfants que ce qui fait que certaines personnes ont plus tendance à devenir chamans que d’autres. Cette description est tout à fait fascinante. Elle nous permet de découvrir une culture d’une très grande richesse.

Là où l’auteur a, à mes yeux, plus de limites, c’est quand il essaie de faire le lien avec plusieurs mouvements sociaux qui traversent les société occidentales modernes. Quand il fait le lien entre la description Inuit et la description occidentale de l’intersexualité, il se réfère à un auteur psychanalyste qui reste enfermé dans une vue normalisante et pathologisante de cette dernière (ainsi que de la transsexualité). Il a de même été en correspondance avec Colette Chiland dont la profonde incapacité à comprendre les personnes intersexes et/ou transsexuelles est tristement célèbre. Dans la conclusion de son article, il admet avoir du mal avec le mouvement de revendication des personnes intersexes, avec les approches queer et il indique que, pour lui, l’hétérosexualité (et le binarisme qui va avec) reste la norme. Il a aussi du mal à entendre les féministes qui lui disent (indirectement) que certains pourraient utiliser ses travaux pour combattre l’égalité de sexes.

Il me semble cependant que son article et l’ensemble de son travail sont très précieux. Il permet de faire découvrir une culture d’une très grande richesse et il l’a fait d’une manière suffisamment respectueuse pour aider cette dernière à reprendre son destin en main. La manière dont la culture Inuit a intégré les questions de gender variance en son sein me semble digne de respect et valoir la peine d’être décrite et communiquée. Ces très grandes qualités font que, à mes yeux, ces travaux valent largement la peine d’être connus et communiqués.