Les personnes transsexuelles et transgenres gardent un souvenir souvent terrible de leurs années d’école. Devoir intégrer cette institution qui nie complètement leur identité particulière, y rester pendant 15-20 ans est un traumatisme grave pour de nombreuses personnes. Les personnes intersexuées dont l’identité sexuelle est hors standard, ou celles qui ont subi une assignation à un sexe dans lequel elles ne se reconnaissent pas ont la même expérience. Les conséquences, en termes d’échec scolaire, d’exclusion sociale, de violences subies de la part des autres élèves est souvent lourdes, Un certain nombre d’enfants ne supportent pas cela et se suicident. Pourtant les parents et les institutions scolaires s’acharnent.
Depuis des années, aux Etats-Unis en tout cas, des organisations LGBTI luttent pour créer une atmosphère plus respectueuse des élèves différents, qu’ils soient gays, lesbiennes, bisexuels, transgenres, transsexuel-le-s ou intersexués. La lutte est très difficile. Mais elle a indéniablement rencontré des succès. Une certaine proportion des écoles et des universités des Etats-Unis ont inscrit dans leur règlement une interdiction de toute forme de discrimination, y compris pour des motifs d’orientation sexuelle, d’identité sexuelle et/ou d’expression de genre.
Certaines familles plus respectueuses que les autres de leur enfant transsexuel-le ont également entrepris de permettre à ce dernier de réaliser ce que l’on appelle une "transition précoce", qui se termine (avec une opération de réattribution de sexe et la mise à jour de leurs documents légaux) vers les 18 ans. Ces enfants ont la chance de pouvoir se socialiser et de découvrir la vie amoureuse avec pas trop de retard sur les autres. De plus, ils évitent les effets irréversibles des hormones dites sexuelles sur leur corps. Mais ces transitions restent difficiles, pour ne pas dire acrobatiques. Un témoignage d’une mère se trouve sur le site de Lynn Conway. Il décrit fort bien les manoeuvres parfois "limites" que ces parents doivent réaliser afin de réussir à manoeuvrer un système scolaire qui n’est absolument pas prévu pour ces situations.
Si réaliser une transition précoce est difficile pour des adolescent-e-s et leurs familles, que dire de l’accueil d’enfants transgenres en début de scolarité ? Là, le moins que l’on puisse dire est que tout le monde se ligue contre les parents de ces enfants et que ces derniers ont toutes les chances de se voir enlever leur enfant à brève échéance. C’est en tout cas ce qui est arrivé jusqu’à maintenant aux quelques familles dont le cas est connu est documenté.
Mais il semble qu’une toute première exception soit en train de se produire. Depuis le printemps, les médias américains ont diffusé à plusieurs reprises l’histoire d’une famille de floride qui a un enfant d’apparence masculine, qui affirme clairement et constamment être une petite fille, qui rejette totalement son corps et qu’un psychiatre a diagnostiqué comme vivant une "dysphorie de genre", c’est à dire un conflit irrémédiable entre son identité sexuelle et l’apparence de son corps. Cet enfant devait commencer l’école cette année. Sa famille a osé faire le pas de refuser de le faire rentrer de force dans le moule scolaire habituel. Elle a refusé de l’inscrire à l’école comme un garçon. Chose beaucoup plus étonnante, l’école a relevé le défi et a accepter d’intégrer cet enfant en tant que petite fille !
Les médias se sont empressés de suivre cette histoire et de la ressortir à chaque nouvel épisode. Suivant le penchant politique ou idéologique du média qui la rapporte, elle est évidemment dépeinte sous une lumière plutôt favorable ou franchement hostile. Des publications comme gay.com , sa version anglaise ou encore The angels se sont contentés de compte-rendus brefs et factuels. Le San Francisco Gate a un compte-rendu beaucoup plus étendu.
Les conservateurs, en particulier les fondamentalistes religieux, se sont, bien entendus, déchaînés. Les personnes intéressées trouveront une forme très adoucie et édulcorée de leurs arguments dans ce blog . Une petite recherche sur internet vous retrouvera aisément les passages les plus violents et les plus haineux. A cette occasion, les "bonnes âmes" ont données libre cours à l’expression de leur anathèmes. Il y a celles qui accusent les parents de refuser l’oeuvre de Dieu. Il y a ceux qui afffirment que l’enfant est malade mental et qui accusent les parents et le psychiâtre d’être complice de cette folie, etc. Ce qui est très clair, c’est de voir à quel point ces personnes sont incapables d’accepter qu’un enfant puisse suivre un autre chemin que le leur dès son enfance et combien le fait que cela se produise les déscurise. Ce genre de personne est prête à beaucoup de choses pour normaliser de force cet enfant, et tant pis si, pour ce faire, il faut le défigurer. L’essentiel est que ces adultes soient rassurés et qu’ils retrouvent leur confort. Comme dans tout acte de pédagogie noire, tout ceci se fait, bien entendu, au nom du bien de l’enfant ! Il se trouve que, pour l’instant, ils n’ont pas réussi. Mais c’est clair que cet enfant et sa famille devront lutter année après année pour faire en sorte qu’il soit respecté dans un des traits les plus essentiels de son identité.
Les personnes transsexuelles, transgenres et intersexes qui ont du traverser l’enfer de l’école, qui se sont vues totalement niées dans leur identité, qui ont subi rejet, exclusion, violences et harcèlements savent ce que c’est que de passer par là. Elles ne pourront pas ne pas entendre parler de cette histoire sans espérer qu’elle puisse se généraliser et que le martyre de trop d’enfants cesse enfin. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps et il y a encore un très long chemin à parcourir.
Personne ne peut prédire comment cet enfant se définira quand il aura 18 ans. Mais ce serait déja un immense progrès de savoir qu’il a pu évoluer et faire sa scolarité en suivant son propre chemin et en référence à sa propre identité plutôt que de se voir projeté de force dans une boîte qui ne lui correspond pas, qui nie jusqu’à l’existence de son vrai visage et qui le défigure totalement. Espérons que ce qui est aujourd’hui une exception encore très fragile puisse prochainement devenir une routine banale.
Actuellement, il a eu plusieurs enfants accueilli comme transgenre avant cette date. Il y a un enfant a Quebec qui a fait son "coming out" et sa transition sociale à sa garderie pour ensuite être intégrée à l’école dans le genre qu’elle voulait. Elle était née avec un corps d’un garçon mais depuis l’age de 2 ans s’identifiée comme une fille. Elle est la plus jeune transgenre à faire son rentrée scolaire, je crois au Québec et probablement au Etas Unis aussi . Elle a était inscrit à son école primaire comme fille avec son nouveau nom - feminine en 2004.
Comment je sais ça ? Je suis la mère de cette enfant.
Il y a d’autres enfants transgenre mais pour la sécurité de nos enfants plusieurs entre nous n’implique pas les médias ou nous essayons de dire au minimum des personnes nécessaires pour que notre enfant peut vivre une vie la plus normal qu’il peut.
Son histoire est aussi disponible dans le revue pour LGBTQ Fugue, de Montreal.
La mère d’un enfant transgenre.
Bonjour
Merci beaucoup de cette information importante. Préserver la sphère privée et la sécurité d’enfants et/ou d’ados en transition, ainsi que celle de leur famille est en eff4t très important. Dans la société actuelle, les parents qui respectent leurs enfants au point de leur permettent de faire une transition précoce sont encore rares. Il est aussi essentiel de leur éviter des interférences de la société ou de proches qui se croiraient chargés de la mission de "sauver" l’enfant. Il est donc très délicat d’en parler sans faire prendre de grands risques à l’enfant et à la famille.
Je suis très touchée de la manière dont vous pouvez accueillir votre enfant et je suis sûre que votre témoignange pourra aider et rassurer d’autres parents.
Merci beaucoup de ce témoignage et meilleures salutations
Bonjour Akiko,
Je suis moi-même transexuelle, de 20 ans, qui a récemment commencée sa transition. Je ne peux que vous féliciter pour le support que vous apportez à votre fille et votre courage. Vous êtes une personne que j’admire, par votre participation aux événements, votre fondation et je suis certaine que vous faites encore bien plus.
J’aurais rêvée d’être comme votre fille, avoir eue le courage de le dire à mes parents lors de mon adolescence. Et oui, je rêvais que je me transformais en fille à partir de mes 12/13 ans, je me "travestissais" avec les vêtements de ma soeur, et bien plus. Mais je n’avais jamais osée en parler à mes parents, car je suis une personne très gênée et je craignais une réaction de leur part. Avoir su, je leur aurait dit à ce moment que je me sentais une fille. Malheureusement, j’ai attendue à mes 19 ans, et il est rendue un peu tard pour freiner mon développement masculin. Il est déjà là, bien que je sois maintenant sous hormonothérapie depuis 5 mois. Mon corps commence à se féminiser tranquillement, mais je m’en veux toujours de ne pas leur avoir dit plus tôt. Certains traits ne partiront pas, la voix a muer, je suis très poilue. J’aurais voulue avoir une adolescence normale... en tant que fille. Mais c’est trop tard... Je suis par contre contente de voir mon visage se féminiser, mes seins se développer... Mais je le regrette, car il est trop tard pour freiner la mue de ma voix. C’est déjà fait... Je n’ai nul autre choix que de me relayer sur les phoniatres, que je vais bientôt voir. D’ici 2 mois, je commencerai cela. Je suis encore chez mes parents, qui me supportent sans problèmes. Malheureusement, ils ne veulent rien payer, je dois tout débourser de mes poches... et mes dettes s’accumulent. Mais c’est ce que je désire !
Bref, c’était un message de support pour vous, qui avez su être ouverts à votre enfant, et lui permettent la meilleure chose au monde ! Vivre dans SON genre lors de son enfance ! C’est le rêve de nous tous je crois bien... J’aurais tant aimée pouvoir aller au secondaire en tant que fille, sans avoir à me soucier du reste. Je suis encore au collège, il me reste 2 ans à faire, et je vais faire mon coming-out à l’école la prochaine session... probablement, mais j’ai confiance que je vais y arrivée. Ce ne sera pas pareille que le primaire ou secondaire, mais au moins je me sentirai soulagée, d’avoir pu au moins, vivre la fin de ma vie d’étudiante, en tant que fille. Je sais que je ne pourrai pas la vivre comme toutes les autres filles, certains points me trahissent encore, mais c’est le chemin par lequel je dois passer. Je suis certaine d’être le "sujet" de conversation de l’école, car je suis certaine que cela fera le tour du collège... Mais je ne m’en fais pas trop pour ça. Juste le fait de pouvoir enfin être libérée, c’est déjà assez pour me faire sentir bien après 7 ans de regrets, à ne pas en avoir parler avec mes parents. Si je pourrais remonter le temps, je le ferais !
* J’en ai les larmes aux yeux tellement que votre nouvelle m’a touchée. Je suis très sensible sur ce point. Le fait de savoir qu’une enfant de son âge peux vivre dans son genre, c’est la meilleure nouvelle que j’aie jamais eue !
Avec admiration, Une transexuelle, Ayako
Bonjour,
Je suis moi meme transgenre et je suis agée de 22 ans aujourd’hui , cet article met bien en evidence l’importance de la famille pour nous et le manque que dis je l’archaisme du systeme educatif aujourd’hui .Je suis née et je vis a tahiti , ici cette difference est plus ou moins accepté , on peut meme dire que ce la fait partie de notre culture(ce qui n’empeche bien evidemment pas les moqueries).Je suis aujourd’hui en licence de géographie et c’est seulement cette année que j’ai commencé a m’habiller en fille , je n’ai aucune remarque de la part de mes professeurs ni de mes camrades peut etre suffisement ouvert...En tout cas je voudrai faire un mester en france mais ce n’est pas encor decider car j’ai peur de me rencontré face a un mur , ici ca a été plus simple car comme je l’ai dit ca fait partie du quotidien mais la bas ???Je ne veux pas finir dans la rue comme la plupart des trans que je connais , je veux une vie normal mais est ce que la société me l’accordera ???Je pense qu’il faut integré de plus en plus dans l’eprit des enfants ce qu’est la difference et que celle ci lorsqu’elle est comprise devient tout a fait naturelle...Enfin j’espere pour tout les enfants "different" que l’avenir sera plus doux que ce que ceux de ma génération et des générations précédentes ont connus...Cet article me fait pensé a une emission américaine que j’ai vu qui s’appelle 20/20... Bon courage a tous Crystalle
Bonsoir et merci beaucoup pour votre témoignage.
Je comprends votre prudence et il n’y a pas de doute que la situation en France Métropolitaine n’est pas facile. Elle est déja franchement difficile pour les personnes transsexuelles et il n’y a pas de doute qu’elle est encore pire pour les personnes transgenres qui ne peuvent obtenir aucune reconnaissance de leur identité. Le blocage en France est tel que je crains que nous ne soyons encore très loin d’une solution enfin respectueuse des personnes. En ce qui concerne la lettre de la loi, l’Espagne est bien plus progressiste. Mais je ne sais pas comment les choses se passent pratiquement ni si la vie quotidienne est vraiment à la hauteur de ce que les lois espagnoles permettent,
Je suis bien d’accord avec vous Marie-Noëlle sur ce point : que la France effectue un blocage sur ce point. Il est très difficile pour les Français(e)s d’effectuer une transition. Beaucoup de psychologues sont pas ouverts ou incompétents, le gouvernement francais fait un blocage sur le changement de papiers (pour plusieurs dont je connais via internet, cela leur a prit plusieurs années pour obtenir leurs nouveaux papiers). Bien sûr, j’y vais sans doutes à l’extrême, mais ça se rapproche je crois bien, de la réalité.
Au Québec (ou Canada), la situation est bonne. Bien que le gouvernement ne rembourse rien, la peuple québécois est plutôt ouvert. Juste à voir le reportage sur Aurore Boréale, québécoise ayant fait son coming-out récemment et accueillie chaleureusement par tous, ou encore Micheline-Anne Montreuil, trangenre québécoise. Les gens sont plus ouverts face à cette différence, ce qui me pousse à me dire qu’il serait probablement plus facile que je ne le pense de faire mon coming-out à mes amis et à l’école. Bien sûr, le gouvernement est plus ouvert que celui de la France sur ce points, mais il y a tout de même des désagréments, comme le prix d’une SRS à Montréal (je crois bien que c’est au moins 14.000$ par les Dr. Brassard et Ménard) ou encore le non-remboursement du gouvernement.
Je voulais simplement communiquer qu’il y a des meilleurs endroits que la France, pas juste le Québec, même si je ne connais pas vraiment ces endroits. Avec une bonne recherche, tu trouveras surement si tu ne te sens pas bien où tu es.
Bonne journée,
Nathalie
Bonsoir et merci de votre message.
Je suis heureuse de savoir que votre transition avance et que l’exemple d’Aurore Boréale vous encorage à aller de l’avant. Je comprends aussi que le fait de devoir payer de votre poche votre opération est une nouvelle peu agréable. Mais dans la mesure où vous avez les moyens de financer cette intervention, vous avez la possibilité de choisir le chirurgien en lequel vous avez le plus confiance, ce qui n’est pas toujours possile dans les systèmes étatiques où cette opération est remboursée. Il peut également être intéressant de regarder ce qui se fait en dehors des frontières canadiennes et le site de Lynn Conway peut vous y aider.
Mais l’essentiel est que j’entends que vous commencez à faire vos premiers pas et à sentir que, même si une transition est un moment difficile, on peut la réussir ! Et ca, c’est très important.
Bonjour et merci pour votre message, très touchant lui aussi.
Pour votre information, il existe des méthodes permettant de travailler sa voix de manière autonome, pour autant qu’on comprenne assez bien l’anglais. Il me semble qu’elles figurent dans l’article "préparer sa transition" de ce site.
Je vous souhaite bonne chance, un plein succès et une très belle réussite pour votre propre transition.