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Première mondiale ! un premier enfant transgenre accueilli comme transgenre dans une école de Floride

Publié le jeudi 19 octobre 2006.


Lors de la rentrée 2006, une école de Floride a, pour la première fois au monde, accueilli un enfant transgenre en respectant son identité. La controverse fait rage dans les médias.

Les personnes transsexuelles et transgenres gardent un souvenir souvent terrible de leurs années d’école. Devoir intégrer cette institution qui nie complètement leur identité particulière, y rester pendant 15-20 ans est un traumatisme grave pour de nombreuses personnes. Les personnes intersexuées dont l’identité sexuelle est hors standard, ou celles qui ont subi une assignation à un sexe dans lequel elles ne se reconnaissent pas ont la même expérience. Les conséquences, en termes d’échec scolaire, d’exclusion sociale, de violences subies de la part des autres élèves est souvent lourdes, Un certain nombre d’enfants ne supportent pas cela et se suicident. Pourtant les parents et les institutions scolaires s’acharnent.

Depuis des années, aux Etats-Unis en tout cas, des organisations LGBTI luttent pour créer une atmosphère plus respectueuse des élèves différents, qu’ils soient gays, lesbiennes, bisexuels, transgenres, transsexuel-le-s ou intersexués. La lutte est très difficile. Mais elle a indéniablement rencontré des succès. Une certaine proportion des écoles et des universités des Etats-Unis ont inscrit dans leur règlement une interdiction de toute forme de discrimination, y compris pour des motifs d’orientation sexuelle, d’identité sexuelle et/ou d’expression de genre.

Certaines familles plus respectueuses que les autres de leur enfant transsexuel-le ont également entrepris de permettre à ce dernier de réaliser ce que l’on appelle une "transition précoce", qui se termine (avec une opération de réattribution de sexe et la mise à jour de leurs documents légaux) vers les 18 ans. Ces enfants ont la chance de pouvoir se socialiser et de découvrir la vie amoureuse avec pas trop de retard sur les autres. De plus, ils évitent les effets irréversibles des hormones dites sexuelles sur leur corps. Mais ces transitions restent difficiles, pour ne pas dire acrobatiques. Un témoignage d’une mère se trouve sur le site de Lynn Conway. Il décrit fort bien les manoeuvres parfois "limites" que ces parents doivent réaliser afin de réussir à manoeuvrer un système scolaire qui n’est absolument pas prévu pour ces situations.

Si réaliser une transition précoce est difficile pour des adolescent-e-s et leurs familles, que dire de l’accueil d’enfants transgenres en début de scolarité ? Là, le moins que l’on puisse dire est que tout le monde se ligue contre les parents de ces enfants et que ces derniers ont toutes les chances de se voir enlever leur enfant à brève échéance. C’est en tout cas ce qui est arrivé jusqu’à maintenant aux quelques familles dont le cas est connu est documenté.

Mais il semble qu’une toute première exception soit en train de se produire. Depuis le printemps, les médias américains ont diffusé à plusieurs reprises l’histoire d’une famille de floride qui a un enfant d’apparence masculine, qui affirme clairement et constamment être une petite fille, qui rejette totalement son corps et qu’un psychiatre a diagnostiqué comme vivant une "dysphorie de genre", c’est à dire un conflit irrémédiable entre son identité sexuelle et l’apparence de son corps. Cet enfant devait commencer l’école cette année. Sa famille a osé faire le pas de refuser de le faire rentrer de force dans le moule scolaire habituel. Elle a refusé de l’inscrire à l’école comme un garçon. Chose beaucoup plus étonnante, l’école a relevé le défi et a accepter d’intégrer cet enfant en tant que petite fille !

Les médias se sont empressés de suivre cette histoire et de la ressortir à chaque nouvel épisode. Suivant le penchant politique ou idéologique du média qui la rapporte, elle est évidemment dépeinte sous une lumière plutôt favorable ou franchement hostile. Des publications comme gay.com , sa version anglaise ou encore The angels se sont contentés de compte-rendus brefs et factuels. Le San Francisco Gate a un compte-rendu beaucoup plus étendu.

Les conservateurs, en particulier les fondamentalistes religieux, se sont, bien entendus, déchaînés. Les personnes intéressées trouveront une forme très adoucie et édulcorée de leurs arguments dans ce blog . Une petite recherche sur internet vous retrouvera aisément les passages les plus violents et les plus haineux. A cette occasion, les "bonnes âmes" ont données libre cours à l’expression de leur anathèmes. Il y a celles qui accusent les parents de refuser l’oeuvre de Dieu. Il y a ceux qui afffirment que l’enfant est malade mental et qui accusent les parents et le psychiâtre d’être complice de cette folie, etc. Ce qui est très clair, c’est de voir à quel point ces personnes sont incapables d’accepter qu’un enfant puisse suivre un autre chemin que le leur dès son enfance et combien le fait que cela se produise les déscurise. Ce genre de personne est prête à beaucoup de choses pour normaliser de force cet enfant, et tant pis si, pour ce faire, il faut le défigurer. L’essentiel est que ces adultes soient rassurés et qu’ils retrouvent leur confort. Comme dans tout acte de pédagogie noire, tout ceci se fait, bien entendu, au nom du bien de l’enfant ! Il se trouve que, pour l’instant, ils n’ont pas réussi. Mais c’est clair que cet enfant et sa famille devront lutter année après année pour faire en sorte qu’il soit respecté dans un des traits les plus essentiels de son identité.

Les personnes transsexuelles, transgenres et intersexes qui ont du traverser l’enfer de l’école, qui se sont vues totalement niées dans leur identité, qui ont subi rejet, exclusion, violences et harcèlements savent ce que c’est que de passer par là. Elles ne pourront pas ne pas entendre parler de cette histoire sans espérer qu’elle puisse se généraliser et que le martyre de trop d’enfants cesse enfin. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps et il y a encore un très long chemin à parcourir.

Personne ne peut prédire comment cet enfant se définira quand il aura 18 ans. Mais ce serait déja un immense progrès de savoir qu’il a pu évoluer et faire sa scolarité en suivant son propre chemin et en référence à sa propre identité plutôt que de se voir projeté de force dans une boîte qui ne lui correspond pas, qui nie jusqu’à l’existence de son vrai visage et qui le défigure totalement. Espérons que ce qui est aujourd’hui une exception encore très fragile puisse prochainement devenir une routine banale.