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Préparer sa transition

Publié le vendredi 22 septembre 2006.


Une transition est une opération risquée, durant laquelle les écueils sont nombreux. Les enjeux sont énormes. C’est une entreprise sans retour et nombre de personnes l’entreprennent en toute dernière extrémité, comme un dernier sursaut avant le suicide. Les enjeux et les risques d’une telle entreprise font qu’il est précieux de pouvoir la préparer à l’avance.

Faire sa transition, c’est oser enfin accepter, exprimer et même affirmer son vrai visage. Mais c’est aussi prendre un risque immense et devoir faire face à de très nombreux écueils au quotidien entre le moment où l’on s’y lance et celui où elle est vraiment derrière soi. Même si c’est d’abord une affaire de cÅ“ur, de foi en soi et de fidélité au sentiment de qui on est, c’est aussi une entreprise et il peut être très utile d’essayer de prévenir au moins les pièges les plus facilement prévisibles.

Une transition de type transgenre ou de type transsexuelle ?

Les personnes transgenres et les personnes transsexuelles ont un parcours de vie assez différent. Les personnes transsexuelles vont d’un statut bien défini à un autre tout aussi défini et elles font tout pour que ce trajet soit aussi court que possible. Cela est vrai tant des personnes qui s’identifient comme des femmes que de celles qui s’identifient en tant qu’hommes. Une fois cette transition terminée, ces personnes ont très souvent à cÅ“ur de se fondre dans la population. Cela ne signifie pas qu’elles adhèrent aux standards traditionnels en matière de sexe et de genre. Mais cela signifie simplement qu’elles se situent en tant que membre du groupe auquel elles s’identifient. Par exemple, les femmes homosexuelles qui ont un passé transsexuel s’identifient d’abord comme des lesbiennes, elles en ont l’expression de genre et leur passé ne regarde que leurs proches.

D’un autre côté, les personnes transgenres se situent dans un espace que la société n’accepte pas encore et qu’elle considère comme ambigu ou mal défini, quand elle ne le rejette pas. Se situer à la fois en tant qu’homme et en tant que femme, ou en tant que "non femme" ou en tant que "non homme" est d’autant plus délicat et instable que la société dans laquelle nous vivons est obsédée par l’assignation de toute personne à l’un de ces deux rôles "homme" ou "femme".

Prendre l’une de ces deux trajectoires ou prendre l’autre n’est donc pas du tout la même chose. S’il est vrai que c’est souvent en avançant au pas à pas que l’on fait l’expérience de qui on est vraiment, cela peut beaucoup aider de sentir à l’avance dans laquelle de ces deux trajectoires nous nous situons.

Une transition dans le cadre d’un parcours officiel ou à sa propre sauce ?

Il y a plusieurs manières de réaliser sa transition :

La plupart des pays européens offrent sous une forme ou sous une autre des programmes officiels proposant une prise en charge globale. Ces programmes, habituellement hospitaliers sont le plus souvent rattachés à des services psychiatriques. Ces services ont une vue très pathologique de la transsexualité, qui y est considérée comme une maladie mentale à traiter. Dans leur esprit, l’opération de réattribution de sexe est uniquement la dernière solution, pour les "cas incurables", quand les autres ont échouées. Ils ont aussi une vue très normalisante de cette même question. Les personnes transgenres, les transsexuelles lesbiennes et les transsexuels gays ont de très fortes chances de se voir refuser toute prise en charge, à moins de mentir.

Ils ont une pratique typiquement hospitalière d’évaluation, de catégorisation, de vérification qu’une personne remplit bien des normes prédéfinies et de prise en charge standardisée, selon les protocoles de l’équipe, avec l’endocrinologue et le chirurgien de l’équipe. Dans tout cela, les doutes, les interrogations, les intuitions, la manière dont chaque personne se voit et dont elle a envie de se prendre en charge n’ont pas leur place.

Ces programmes ont aussi un très fort biais qui fait qu’ils n’acceptent, le plus souvent, que des personnes hétérosexuelles et que ces dernières se sentent poussées à adopter des comportements stéréotypés et exagérés. Il n’est pas rares que les évaluations émises par ces équipes fassent alors ressortir combien la personne a une vue stéréotypée du genre avec lequel elle s’identifie.....

Les prises en charge de ces programmes officiels sont très souvent entièrement payées par les services de sécurité sociale des pays dans lesquels ils se trouvent. Il reste à savoir si ce remboursement vaut son prix, à savoir l’obligation de passer par une prise en charge stigmatisante, déresponsabilisante et fondamentalement non respectueuse de la personne.


Une deuxième voie consiste à trouver un-e psychiatre ou un-e sexologue en pratique privée qui soit prêt-e à vous accompagner. Dans la plupart des pays européens, ces personnes ont le droit d’émettre une lettre de recommandation vous permettant d’obtenir un traitement hormonal et une opération de réattribution de sexe, pour les personnes qui en ressentent le besoin.

L’intérêt de cette solution est qu’elle vous permet de rechercher une personne en qui vous avez confiance, que vous sentez respectueuse de votre identité et de votre parcours.

Si vous faites ce choix et que vous trouvez un-e thérapeute, vous aurez probablement la chance de pouvoir faire avec cette personne un parcours personnalisé, qui vous correspond et dans lequel vous avez un rôle beaucoup plus actif que dans celui des programmes officiels. Vous aurez aussi beaucoup plus de liberté pour choisir votre endocrinologue et votre chirurgien (pour autant que vous ressentiez le besoin d’une opération). Si vous êtes transgenre ou si vous êtes une transsexuelle lesbienne ou un transsexuel gay, vous avez aussi nettement plus de chances de trouver quelqu’un qui vous accueille tel que vous êtes.

Par contre, il est fort probable que vous deviez payer de votre poche une partie des traitements et cela peut représenter des dépenses importantes. De plus, il n’en demeure pas moins, que vous devez encore passer par un membre du corps médical qui a le pouvoir de juger de la légitimité de votre démarche, ce qui est difficile à vivre. Pour un nombre croissant de personnes, c’est carrément inacceptable.


Une troisième option consiste à vous passer complètement de toute forme de suivi psychiatrique. Si vous choisissez cette voie, vous êtes totalement libres, vous assumez seul-e toutes les conséquences de vos choix et il n’y personne pour juger de la légitimité de votre évolution. Cela signifie aussi que vous allez devoir tout payer par vous même et que vous allez devoir trouver un endocrinologue et un chirurgien qui acceptent de travailler en dehors des protocoles standard, ce qui existe.

Il est entre autres de notoriété publique que certains chirurgiens de premier plan résidant en Asie du sud-est n’exigent pas de lettre de recommandation d’un psychiatre. Si vous n’avez pas cette lettre, ils exigeront de vous que vous acceptiez d’être examiné par leur propre psychologue qui devra s’assurer que vous n’êtes pas psychotique.


Il vous revient de savoir laquelle de ces trois options vous préférez et quelques questions peuvent vous y aider :

Le choix d’un-e thérapeute

Trouver un-e thérapeute respectueux de votre différence n’est pas facile. Une première piste consiste à interroger les associations LGBTI de votre région. Ils ont peut-être quelques noms de personnes qu’il vaut la peine de contacter. Mais tout comme chaque relation est nouvelle, chaque relation d’aide est nouvelle. Même si une personne vous a été recommandée par une association ou quelqu’un en qui vous avez confiance, il est essentiel que vous puissiez faire confiance en la personne aidante que vous rencontrez. Si ca n’est pas le cas, continuez votre recherche.

Préparatifs professionnels

La transition est un moment difficile. Les pièges sont nombreux. L’incertitude est très grande. L’attente est très difficile à supporter. Les frais des traitements et des différents achats qu’on doit faire (par exemple changer sa garde-robe) sont très importants. Perdre son emploi en pleine transition peut se révéler dramatique. Nombre de personnes à qui cela arrive n’ont plus les moyens de faire face à l’ensemble de leurs frais et se trouvent dans une situation très difficile. A force de désespoir, il n’est pas rare que les personnes se suicident.

Trouver à l’avance un emploi qui sont assez bien payé pour vous permettre de faire face à l’ensemble de vos frais est donc essentiel. Et il est tout aussi essentiel de trouver un emploi dans lequel vous pouvez être à l’aise à toutes les étapes de votre transition et dans lequel les risques de vous faire licencier en raison de votre transition sont aussi réduits que possible. Cela peut vous demander d’améliorer votre niveau de formation et de trouver une activité suffisamment mixte pour limiter les risques de rejet aux différentes étapes de votre transition. Cela peut aussi vous demander de faire des compromis avec les stéréotypes traditionnels en matière de genre durant le temps de votre transition.

Cette dernière possibilité fait hurler certain-e-s militant-e-s, mais c’est vous qui faites face aux conséquences en cas de problème. Et vous allez, en plus, devoir y faire face à un moment très difficile où vous serez déjà très sollicité-e-s par votre évolution intérieure, par vos découvertes, par tous les pas que vous devez faire pour achever votre transition.

Epilation du visage (pour les MtF)

Pour les personnes MtF, l’épilation du visage est un rite de passage important. Elle va durer des mois. Elle est douloureuse. Elle est coûteuse. Elle va exiger des personnes qu’elles fassent preuve d’une grande détermination pendant un très long moment avant que les effets ne soient vraiment visibles. Elle va aussi demander aux personnes de laisser pousser tous leurs poils entre les séances. Cela aussi est très difficile à supporter. Mais elle est d’autant plus vitale que les problèmes de repousse au moment où une personne a commencé à changer sa présentation deviennent vite très gênants.

Comme elle est longue, douloureuse et coûteuse, c’est un des traitements à commencer au plus vite. Si vous avez les moyens de financer vous-même une esthéticienne, vous pouvez commencer sans attendre quelque prise en charge ou quelque remboursement que ce soit. Et tous les mois gagnés vont compter par la suite.

Recourir à une esthéticienne a un autre intérêt. Elles pratiquent l’épilation électrique plutôt que le laser. C’est plus long et plus douloureux, mais c’est définitif et il n’y a pas de risque de repousse à la fin du traitement, contrairement au laser.

Mais c’est aussi un art. Il est de ce fait, indispensable de trouver une esthéticienne qui soit très expérimentée dans l’épilation du visage. C’est encore mieux si elle a l’expérience des personnes transsexuelles et transgenres MtF.

Le traitement des lèvres est vraiment très douloureux. Non seulement il faut laisser pousser les poils entre les séances, mais leur épilation fait vraiment mal. C’est la zone la plus sensible du visage. En tout cas durant les premiers temps (quand il faut beaucoup de temps pour les épiler), les crèmes anesthésiantes comme l’EMLA risquent d’être insuffisantes. Recourir à une esthéticienne qui a un accord avec un dentiste qui accepte de vous faire des anesthésies locales est alors extrêmement précieux. Quand il n’y aura plus que 20-30 poils sur les deux lèvres à chaque séance d’épilation, il sera possible de passer aux crèmes anesthésiantes.

La pilosité humaine étant très variable, il est très difficile de dire à priori combien de temps peut prendre l’épilation d’un visage. D’autre part, certaines techniques (comme le recours à des électrodes isolées) sont plus efficaces que d’autres. Mais pouvoir commencer cette dernière plusieurs mois avant le début de votre traitement hormonal est vraiment important. Si vous commencez les deux à peu près en même temps, vous allez devoir mettre les bouchées doubles. Si vous la commencez après, vous risquez de sérieuses difficultés. D’importantes repousses sont extrêmement gênantes si elles se produisent alors que votre traitement hormonal a des effets visibles ou pire encore, quand votre transition est achevée.

Travail de la voix (MtF)

Le travail de la voix est très long, frustrant et difficile. Il fait partie des choses qu’il faut commencer au plus vite quand on envisage une transition. C’est aussi un travail qu’on peut entreprendre sans attendre de prise en charge ou de remboursement. Là encore, chaque mois de gagné sera très précieux.

Certains orthophonistes sont capables d’aider les personnes transsexuelles et transgenres à modifier leurs voix. Mais ils ne sont pas nombreux et on n’en trouve pas partout. Mais c’est, bien sûr, une possibilité.

Une autre option consiste à utiliser l’une des méthodes mises au point par des personnes transsexuelles. J’en connais deux qui ont fait leurs preuves. La première est celle de Melanie Ann Phillips qui a créé la première méthode permettant aux MtF de travailler leur voix et d’arriver à un résultat valable.

La seconde est celle de Deep Stealth  : sous cette enseigne, Andrea James et Calpernia Adams ont créé une petite boutique qui diffuse quelques documents très précieux pour les personnes transsexuelles, dont un DVD permettant aux MtF de travailler leur voix. Cette méthode aussi est réputée.

Ces deux méthodes sont en anglais et je ne connais pas d’équivalent en langue française.

Traitement hormonal (pour les MtF)

Si vous êtes MtF, il est très important de laisser passer un peu de temps (quelques mois) entre le début de votre épilation électrique et le début de votre traitement hormonal. Il n’y a donc pas grand chose à faire à ce sujet au début de votre transition, si ce n’est de vous informer de ce que c’est qu’un traitement hormonal, de ses effets, de ses avantages et de ses risques.

Mais, si vous avez la possibilité de choisir un endocrinologue parmi plusieurs d’entre eux, cela peut valoir la peine de vous arrêter à la manière dont il/elles accueillent leurs patients ainsi qu’aux types de traitements qu’ils utilisent. Certains médecins choisissent une voie "douce" avec des dosages plus faibles, moins de contrôle en laboratoire et aussi des effets plus lents à se manifester. D’autres ont des approches plus vigoureuses, qui auront des effets visibles beaucoup plus rapidement. Elles demanderont un contrôle nettement plus serré. Elles impliquent aussi plus de risques et les effets psychologiques (en particulier les sautes d’humeur) sont aussi susceptibles d’être plus difficiles à vivre.

Le principal problème d’un traitement hormonal aux Å“strogènes est qu’il rend le sang moins fluide. Cela peut représenter un risque, en particulier si vous êtes immobilisées pour une période prolongée. Dans ce genre de cas, le risque de thrombose est réel, tout comme pour les femmes enceintes qui reprennent leur contraception.

Si vous faites votre transition sans suivi (et votre traitement hormonal en automédication), il est essentiel que vous obteniez l’aide d’un médecin qui accepte de faire des tests de votre taux d’hormones dans le sang et que vous respectiez ses feedbacks. Là encore, l’enjeu est d’éviter des accidents circulatoires qui peuvent être très graves, voire mortels.

Traitement hormonal (pour les FtM)

Pour les personnes FtM qui sont en train de préparer leur transition, il y a encore moins de choses à faire au sujet du traitement hormonal. Tout au plus, si vous avez le choix entre plusieurs médecins, c’est le moment de le faire.

Les FtM témoignent de ce que leur traitement hormonal a un effet énorme et très rapide sur eux. Nombre d’entre eux en parlent comme d’un événement au moins aussi important que l’opération (pour ceux qui sont transsexuels) voire même plus. Parmi les effets les plus importants notons un changement d’énergie intérieure et une libido très fortement renforcée. Lire des témoignages, comme "The testosterone files" peut vous aider à vous préparer à ce changement.

S’habiller

Le début de "l’expérience de la vraie vie" ("real life experience" en anglais) est aussi le moment où les personnes se débarassent de leur vieille garde robe, quand ca n’est pas déja fait. Les personnes FtM ont la possibilités de passer par une phase "butch" qui fait que, le plus souvent, elles se sont débarassées de leurs vêtements féminins bien avant leur transition officielle. C’est plus complexe pour les personnes MtF, vu l’intolèrance des sociétés occidentales à leur égard.

Quoi qu’il en soit, il est maintenant question de s’habiller plus ou moins selon les codes du genre auquel on s’identifie et d’être crédible dans la vie quotidienne. Il ne s’agit pas de jouer à la carricature ou à la poupée, mais, plus simplement, d’être une femme ou un homme de tous les jours.

Cela peut ne pas être si simple que ça, quand on s’identifie comme un homme et qu’on a une stature plus graçile et petite que la plupart d’entre eux. Le problème est le même quand on s’identifie comme une femme, qu’on mesure plus d’1 mètre 80 et qu’on chausse du 42 et demi ou du 43 ! C’est là qu’internet entre en jeu et que des ressources comme celles de Tall Women deviennent très précieuses ! Ce genre de site permet de trouver à distance ce qu’on ne trouve pas localement et d’avoir plusieurs fournisseurs, ce qui est très important quand l’un d’entre eux vient à faire défaut. Il existe probablement l’équivalent pour des hommes de petite taille, mais je n’ai pas encore trouvé.

Se préparer à faire face aux écueils au travail

Durant votre transition, votre corps va changer de forme. Votre voix et votre visage vont changer. Vos manières vont changer. La manière dont vous vous sentez et dont vous entrer en relation va changer. Cela ne peut pas ne pas susciter des réactions dans votre place de travail. Il est très important de vous y préparer du mieux que vous pouvez. Se sentir posé-e en soi, accepter profondément la personne que nous sommes et rester ouvert-e à l’autre peut aider l’autre à faire de même. Mais il n’y a pas de garantie que cela marchera. C’est aussi important d’avoir les sens aiguisé pour pouvoir faire face sur le moment aux éventuelles difficultés.

Les amis et les proches

Votre famille, vos proches, vos ami-e-s, les gens que vous rencontrez durant vos loisirs ne pourront pas ne pas remarquer votre évolution. Il est aussi important de vous préparer à leur révéler ce que vous vivez, car vous ne pourrez pas le cacher. Cette préparation est d’autant plus importante que vous courrez de grands risques si vous vivez cette révélation comme un moment où vous leurs demandez l’autorisation d’être qui vous êtes. Il est très important que vous vous acceptiez aussi complètement que possible à ce moment là et que vous viviez cette révélation comme une expression et une affirmation de vous-même. Dans toute la mesure du possible, retarder ce moment jusqu’à ce que vous soyez prêt-e est très utile.

Changer sa présentation

Un changement prématuré de votre présentation peut avoir des effets très problématiques, voire pire. Au début de sa transition, Il est vraiment important de ne pas se précipiter pour changer sa garde robe. Attendre que votre voix change, que votre visage soit épilé (si vous êtes MtF) ou au contraire que votre pilosité apparaisse (si vous êtes FtM), que vous soyez à l’aise avec vous-mêmes, va aider à faire passer votre changement de présentation comme une adaptation naturelle. Passer par une étape un peu neutre ou androgyne peut aussi préparer votre entourage, y compris professionnel, à la suite.

Préparer une opération de réattribution de sexe

Si vous êtes transsexuel-le et que vous êtes au clair sur le fait qu’une opération de réattribution de sexe est une étape majeure de votre transition, il vous faut garder à l’esprit que l’attente va être longue entre le moment où vous commencez cette transition et celui où vous allez pouvoir bénéficier de cette opération. C’est d’autant plus vrai que vous avez recours au suivi d’un psychiatre ou d’un programme officiel. Supporter cette attente est très difficile et il y a peu de choses qu’on puisse faire pour rendre cette attente moins douloureuse (à part la réduire au strict minimum). Entretemps, vous pouvez vous renseigner sur les différents chirurgiens, sur leurs résultats ainsi que sur la possibilité que vous avez d’y accéder selon vos moyens financiers. Si vous êtes MtF, une page comme la page de Lynn Conway sur la vaginoplastie peut vous aider à évaluer les résultats des chirurgiens que vous considérez.

Préparer la mise à jour de documents légaux

Dans la plupart des pays européens, les personnes transsexuelles ne peuvent mettre à jour leurs documents légaux (identité, acte de naissance, etc.) qu’après leur opération. Pour les personnes transgenre, ce changement n’est, actuellement, possible qu’en Espagne et en Grande Bretagne.

Quand on prépare sa transition, on est encore très loin de ce moment qui est très précieux. Mais se renseigner à l’avance sur la procédure à suivre et, surtout sur les prérequis et les documents nécessaires peut néanmoins être nécessaire.

Par exemple, dans un pays comme la Suisse, il faut ne pas être marié-e pour qu’un changement d’Etat Civil soit enregistré par l’administration. Pour les personnes qui sont heureuses en couple, cette contrainte est très importante et lourde à porter. Mais la connaître à l’avance permet d’y faire face moins difficilement que de la découvrir au tout dernier moment.

Ajustements postopératoires

Même si c’est encore plus éloigné, il est un autre point qu’il est important de comprendre et de garder à l’esprit : la transition ne se termine ni le jour de l’opération ni même celui ou l’on obtient enfin les bons documents d’identité. D’autres problèmes se posent par la suite et il faut, en moyenne, de quatre à cinq ans pour que la personne ait trouvé une place stable et pour que sa transition soit vraiment achevée.

Les problèmes qui se posent après l’opération varient de personne en personne, mais il est fréquent de passer par un gros passage à vide après la lutte intense et continue qui a été nécessaire pour arriver à l’opération.

Intégrer que "c’est fait et que les autres ne peuvent plus s’y opposer" prend aussi un certain temps. Avant l’opération, il est fréquent que les personnes passent beaucoup de temps et d’énergie à expliquer et à convaincre. Mais une fois cette étape franchie, et plus elle s’estompe dans le passé, on retrouve l’anonymat, il n’y a plus rien de nouveau et il n’y a plus besoin de lutter sans cesse pour convaincre. Il faut un certain temps pour intégrer ce changement là.

Redécouvrir son corps et découvrir sa sexualité après l’opération prend souvent de nombreux mois. Ne vous inquiétez pas si cela prend du temps. Votre corps prend du temps pour se réarranger et faire l’expérience de sa sensualité, d’une excitation sexuelle et de l’orgasme prend du temps. Il faudra prendre aussi le temps de l’exploration et de la découverte. Mais ça n’est pas parce que cette exploration prend du temps qu’une opération de réattribution de sexe est ratée. N’oubliez pas que votre corps a été modifié de manière majeure, il faut du temps pour que tout retrouve une nouvelle place.

Maintenant que tout est enfin corrigé, on peut enfin rechercher un-e partenaire sans plus se sentir en porte à faux avec son propre corps ! C’est une magnifique expérience que l’on peut enfin vivre et il serait triste de s’en priver ! Mais il faut juste ne pas oublier que cela va prendre un peu de temps de découvrir l’autre, de se découvrir dans le registre de la relation amoureuse qu’on peut enfin vivre dans son vrai corps.

Intégrer son passé est aussi quelque chose de difficile pour certaines personnes. Il leur faut un temps pour faire l’expérience qu’elles sont vraiment libérées de ce qui les a entravées pendant si longtemps. Il faut aussi un temps pour sentir que même si c’est très injuste que d’avoir dû vivre de nombreuses années dans un corps difforme, c’est aussi important de pouvoir maintenant goûter la vie.

Avoir pu enfin restaurer son corps peut aussi mettre en relief d’autres difficultés qui jusqu’à maintenant étaient entremêlées avec cette dernière. Nombre de personnes ont souffert de maltraitances et de carences affectives graves. Maintenant que plus aucun thérapeute ne peut plus s’opposer à votre chemin, cela peut être le bon moment pour trouver le/la bon-ne thérapeute pour vous qui vous aide enfin à vous libérer de ces blessures.

Et puis il y a la question de ce qu’on garde, de ce qu’on abandonne et de ce qu’on crée. Il peut s’agir de loisirs, de relations avec les proches, d’engagements associatifs et professionels. Ce moment est une occasion où, inévitablement, on fait le tri.

Maintenant que plus personne ne peut nous dire "tu ne dois pas faire ceci, c’est trop masculin (ou féminin)", c’est aussi l’occasion d’oser vivrer et s’expérimenter tel-le qu’on est, sans plus trop catégoriser nos envies nos aspirations, nos traits de caractère. Nous sommes nous-mêmes et c’est tout !

Tous ces ajustements prennent du temps. Il y a des moments où ils peuvent être désécurisants, même difficiles, mais c’est pour pouvoir vivre pleinement !

Préparer une transition transgenre

Préparer une transition transgenre est, en un sens, plus simple. Il n’est pas nécessaire de lutter pendant des années pour obtenir cette opération qui exige des années de lutte pour les personnes transsexuelles. L’inconvénient est que, malheureusement, dans la plupart des pays, la société ne la sanctionne pas encore par un changement de documents d’identité qui signifie que "c’est fait". Les personnes restent dans ce que les autres voient comme un "no man’s land", un territoire qui désécurise d’autant plus la société qu’il est privé des repères qu’elle juge si essentiels. Mais il n’y a aucun doute que de nombreuses personnes se sentent à leur place dans ce territoire qui leur correspond profondément. Et ca ne les dérange pas que leur transition n’ait pas les rites de passage et les événements profondément marquants qui rythment la transition des personnes transsexuelles. Dans certains pays, elles arrivent à utiliser la notion de "nom d’usage" qui leur permet de mettre au moins partiellement à jour leur identité, ce qui leur procure également un minimum de sécurité par rapport aux autorités publiques.

En particulier, un grand nombre de personnes FtM se situent bien dans une transition de ce genre.

Il y a un point qu’il convient cependant de considérer avec soin, c’est celui des effets à long terme d’un traitement hormonal antagoniste aux hormones que sécrète son propre corps.

Prendre, par exemple, un anti-androgène comme l’androcur pendant deux ans comporte peu de risques pour sa santé physique. Au delà de quatre ans, les choses changent, et il est possible que le foie soit endommagé.

Quand on envisage une transition transgenre, on envisage un traitement hormonal à vie, c’est à dire sur plusieurs décennies. Comprendre quels en sont les risques, dans le cas spécifique d’une personne non (ou partiellement) opérée est donc très important.

Préparer une transition précoce

Une transition précoce, entre le milieu et la fin de l’adolescence offre d’immenses avantages : elle permet à la personne de stopper très vite les effets de la puberté, ce qui évite de déformer son corps et permettra d’autant mieux au traitement hormonal post-opératoire de déployer ses effets. Elle permet aussi à la personne opérée durant son adolescence de s’intégrer dans vie, dans la société, dans le dialogue amoureux presque au même moment que les autres, ce qui est infiniment plus facile que de le faire au milieu de la quarantaine. C’est donc une chance très précieuse.

Mais c’est aussi une opération encore plus difficile qu’une transition à l’âge adulte. Elle exige le soutien inconditionnel et résolu de ses parents. Elle exige aussi de vouloir faire face à un système (l’école, les médecins, les institutions) qui est profondément effrayé par cette perspective et qui ne fait rien pour la faciliter.

En fait, cela fait quelques années qu’il existe ici ou là des suivis officiels de jeunes en transition. Mais le moins que l’on puisse dire est qu’ils font l’objet d’une opposition aussi féroce que les premiers suivis destinés aux adultes à la fin des années 60. La conséquence est que les familles qui entreprennent cette aventure doivent trouver seules leur propre chemin (endocrinologues, chirurgiens, etc.). Les écoles ne sont pas du tout préparées à accueillir des jeunes en transition et, là encore, cela demande aux parents et aux jeunes eux-mêmes d’être très créatifs pour passer dans un système qui ne reconnait même pas leur existence. Il date un peu, mais le témoignage d’Evelyn montre à quel point cela peut être difficile pour une mère d’aider son enfant à réaliser sa transition.

Protéger sa sphère privée

Protéger sa sphère privée est une autre thématique majeure pour toute personne qui envisage une transition. Il s’agit de contrôler qui a accès à quelles informations à votre sujet et d’empêcher des fuites intempestives et potentiellement dommageables.

Contrôler la diffusion de l’information nécessite beaucoup de prudence et pas mal de réflexion. En ce qui concerne votre activité sur Internet, il est essentiel de bien garder à l’esprit que ce média est une forme de place publique et que tout ce qui y est publié peut être stocké, archivé et retrouvé un jour ou l’autre. Utiliser un ou plusieurs pseudonymes qui ne peuvent pas facilement être liés à votre identité légale (d’avant et d’après votre transition) est donc une précaution de base.

Cette question concerne également les prestataires de soin et les systèmes de sécurité sociale et/ou d’assurance maladie. Une personne en transition peut, par exemple, souhaiter conserver confidentiel le fait qu’elle suit un traitement hormonal. Il s’agit, par exemple, d’éviter que son employeur n’apprenne cette information à un moment que vous jugez prématuré. Il peut être important qu’une assurance maladie n’apprenne pas cette information trop tôt afin d’éviter qu’elle ne prenne des mesures qui pourraient poser des problèmes par la suite (comme le refus de remboursement de prestations particulièrement couteuses). Cela peut aussi être important d’éviter que cette information ne reste quelque part et qu’elle ne vous desserve par la suite (par exemple en servant de trace d’une transition que vous avez effectué dans le passé).

Le problème est encore plus aigu pour les personnes qui sont actives dans le monde de la santé et pour qui un prestataire de soin est aussi un employeur. De telles situations peuvent accroitre fortement le risque de rupture du secret médical.

Protéger la confidentialité de soins dont vous bénéficiez peut vous amener à prendre des mesures assez radicales. Il peut s’avérer utile, par exemple, de payer de votre poche des traitements dont vous auriez pu obtenir le remboursement. il peut aussi s’avérer nécessaire de recourir à des prestataires qui sont loin de chez vous et qui sont, de ce fait, moins susceptibles de partager des informations avec votre employeur, votre médecin du travail, votre assurance maladie (ou équivalent suivant le pays), etc. Ces mesures sont contraignantes, mais elles peuvent être très importantes pendant et après votre transition.

La plupart des personnes qui ont achevé leur transition souhaitent contrôler de près la divulgation de leur histoire. Elles souhaitent éviter que cette dernière ne change le regard des autres sur elles-mêmes. Elles souhaitent être vues comme la personne qu’elles sont enfin. Elles souhaitent aussi éviter qu’une divulgation ne soit la source de discriminations ou de rejet dans leur nouvelle vie sociale et/ou professionnelle. Une fois leur changement d’identité obtenu, ces personnes vont prendre grand soin à s’assurer qu’il est répercuté partout (banques, assurances, diplômes, curriculum vitae, etc.). Elles peuvent aussi choisir de changer d’employeur, voire d’activité professionnelle, de région, etc. Cela leur permet de redémarrer leur vie à neuf plus facilement.

Pour les personnes qui envisagent une transition, ou qui s’apprêtent à se lancer dans cette aventure, il est très important de bien réfléchir dès le départ à la question de la protection de leur sphère privée. C’est un point qui peut grandement aider à ce que leur nouvelle identité ne soit pas remise en question une fois leur transition terminée.

Questions de migration

Il est de plus en plus fréquent que des personnes soient issues d’une immigration ou qu’elles en envisagent une. Les personnes à l’identité de genre atypique qui pourraient être susceptibles d’envisager une transition ne font pas exception.

Pour les personnes qui sont issues d’une immigration, la question de l’acceptation de leur famille, qu’elle soit dans le pays d’accueil ou dans le pays d’origine est importante. Suivant la mentalité de leur famille, elles doivent prendre en compte le risque que cette dernière n’accepte pas leur transition et qu’elles se trouvent rejetées. Perdre son entourage familial est très douloureux et cela constitue la parte d’un important repère social. il peut alors être très nécessaire de reconstituer une nouvelle "famille" sur laquelle la personne pourra s’appuyer.

En même temps, face à une famille ou un environnement peu respectueux, une migration peut être une grande chance. Elle met de la distance avec sa famille d’origine et elle réduit la capacité de nuisance de cette dernière. Dans la mesure où le pays d’accueil de la personne dispose de prestataires respectueux et des facilités nécessaires, une migration pourra faciliter une transition. Les personnes devront cependant faire attention au fait qu’une naturalisation risque d’être indispensable si elles souhaitent obtenir une nouvelle identité et un nouveau certificat de naissance dans leur pays d’accueil.

Pour finir, il peut être utile que les personnes migrantes ne perdent pas de vue qu’une transition peut constituer une deuxième émigration pour elles et que ces deux migrations risquent de se combiner (et d’interférer).

Se préparer à faire face à l’attente

Quand une personne s’engage dans une transition, elle entreprend une démarche qui va changer sa vie. Elle va aussi se lancer dans de nombreuses démarches et ces dernières vont prendre du temps. Ce temps va être ressenti d’autant plus douloureusement que la personne a enfin trouvé l’énergie de se mettre en marche et que, soudain, elle est pressée d’avancer. C’est là que les retards, les vacances d’une personne devant traiter son dossier, le délai nécessaire pour obtenir un rendz-vous, les petits couacs de la vie, où le temps nécessaire aux différentes étapes d’une transition devient trés lourd et très difficile à vivre. Il n’y a là rien d’insurmontable. Mais c’est là encore un point où le fait de disposer du soutien de ses proches est très précieux. Leur accueil quand la situation est ressenti comme insupportable peut beaucoup aider à passer des étapes qui, dans l’instant, peuvent être ressenties comme absolument insupportables.

Historique :

08.02.08 : ajout des deux derniers paragraphes : protéger sa sphère privée et questions de migration

06.05.08 : ajout du paragraphe "se préparer à faire face à l’attente".