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Qu’est-ce que l’approche centrée sur la personne ?

Publié le vendredi 11 août 2006.


Voici une brève esquisse de l’ACP, de ses valeurs et de sa vision de l’être humain. Débarassée de tout jargon, elle n’a pour ambition que de vous donner un avant goût de ce qu’est l’approche centrée sur la personne, de ses valeurs et de vous donner des références qui vous permettront d’aller plus loin.

L’approche centrée sur la personne peut être esquissée à l’aide d’une présentation en trois parties : une description de la dynamique d’une personne ajustée, une description de la dynamique d’une personne en souffrance et les mécanismes qui opèrent dans une relation d’aide réellement efficace. Cette esquisse se tremine par quelques liens et une référene qui vous permettront, je l’espère d’approfondir votre découverte.

Le contenu de ces descriptions ne résulte pas d’un postulat, mais de l’observation patiente d’un thérapeute qui a pratiqué la relation d’aide pendant bien des années et qui a mis à contribution ses étudiants pour vérifier ou infirmer le fruit de ses observations. C’est en fait le résultat d’années de recherches et d’investigations. Jusqu’au bout, Carl Rogers a cherché à affiner et a accroitre son expérience et à la confronter sans cesse à la vérification qu’apporte la confrontation avec l’expérience. (1) La dynamique d’une personne ajustée

Cette dynamique peut être esquissée comme suit :

En des termes plus modernes, Frans Veldman, le créateur de l’haptonomie, dirait que la confirmation affective des parents permet à l’enfant de développer la sécurité et le sentiment de complétude dont il a besoin pour devenir autonome, pour croître affectivement et pour entrer en relation de manière vraie avec les autres.

(2) La dynamique d’une personne en souffrance

Pour Carl Rogers, la source des problèmes des personnes en difficulté réside dans un développement tordu de l’enfant qui n’est pas accueilli et respecté inconditionnellement comme il en aurait eu besoin. Accueilli de manière trés conditionnelle, et ayant peur de se voir maltraité, l’enfant va se mettre à filtrer la perception qu’il a de ses expériences, de manière à ne montrer à ses parents que ce qu’ils veulent voir.

Ce mécanisme de protection aura pour conséquence que l’enfant va se développer selon des lignes très rigides, biaisées et qu’il ne pourra plus apréhender les situations et les expériences de manière souple et ajustée. Il ne pourra plus non plus accueillir librement ses propres sentiments et il va développer une image terriblement négative et dévalorisée de lui-même. Il en résultera de l’angoisse, une insécurité intérieure profonde et l’incapacité à entrer en relation de manière vraie.

Ce mode de dysfonctionnement est imprimé très profondément dans le psychisme de l’enfant durant ses premières années. De plus il n’a rien connu d’autre. De ce fait, il ne lui suffira pas de grandir ni de quitter ses parents pour retrouver un mode de fonctionnement plus équilibré. En fait, la plupart du temps, il ne remarque même pas qu’il y a problème et ne peut pas entendre les feedbacks des autres, même les plus lucides et les mieux intentionnés.

C’est de ce mode de fonctionnement tordu que peuvent naitre les comportements aggressif, destructeurs et même violents.

Cette description n’est pas sans rappeler celle que fait Alice Miller de la maltraitance et de ses multiples formes. Mais le terme de maltraitance lui-même, de même que son caractère institutionnel n’est jamais mentionné par Carl Rogers. De même que toute la souffrance qui accompagne l’expérience douloureuse de l’enfant qui n’est pas accueilli, puis sa vie tordue reste en filigrane.

(3) Les mécanismes d’une relation d’aide opérante

Pour Carl Rogers, ce qui distingue une relation d’aide opérante d’une autre n’a rien à voir avec des techniques ou un savoir quel qu’il soit. En fait, il se démarque très fortement de ce que ses collègues appellent "leur professionalisme" et il leur reproche d’instrumentaliser la relation pour, justement, ne pas entrer en relation et se cacher derrière leur position sociale et professionnelle.

Pour lui, une relation d’aide est avant tout une relation humaine et le caractère aidant d’une telle relation nait de la dynamique qui s’instaure entre deux personnes qui sont parties prenantes à parts égales.

La première chose qu’une personne aidante peut offrir à une personne en demande d’aide, c’est d’être elle-même, transparente, pleinement consciente de tous ses sentiments et s’exprimant d’une manière telle qu’il n’y ait une cohérence complète entre ce qu’elle ressent et ce qu’elle exprime. Carl Rogers parle de congruence. Cette attitude est essentielle pour qu’une relation de confiance puisse s’instaurer.

La deuxième chose qu’une personne aidante peut offrir, c’est une acceptation inconditionnelle de son/sa client-e, avec tout ce qu’il-elle ressent et exprime. Cette acceptation est essentielle pour qu’une personne aliénée aux désirs des autres, puisse commencer à avoir du respect pour elle-même et pour qu’elle puisse commencer à accueillir librement tout ce qu’elle ressent.

Il est également essentiel que la personne aidante s’efforce de comprendre son-sa client-e comme il-elle se comprend, et qu’elle vérifie constament sa bonne compréhension.Cette attitude permettra à l’autre de se sentir vraiment accueilli-e, non jugé, et respecté. De nombreuses recherches ont montré que cette attitude est vitale pour permettre un changement.

La personne aidante doit aussi avoir profondément conscience que c’est l’autre qui sait qui il-elle est, ce qui est bon pour lui-elle et que son rôle est de permettre à cette personne de trouver son propre chemin, surtout pas d’adhérer au sien ! En cela l’approche centrée sur la personne est fondamentalement différentes de certaines approches, dont la psychanalyse, qui tendent à "normaliser" les personnes dans des limites étroites et rigides, en particulier en matière d’identité sexuelle et de genre.

La croissance de la personnes est, bien sûr, fonction de sa capacité à croire en l’attitude de la personne aidante qu’elle a en face d’elle. Des personnes ayant subi des carences affective graves peuvent mettre des années à s’ouvrir.

Pour finir, il est important de rappeler que l’acceptation inconditionnelle d’une personne n’est pas celle de ses actes, en particulier quand ces derniers sont destructeurs.

(4) Pour aller plus loin

Ce qui précède est juste une brève présentation. Si vous souhaitez aller plus loin, je vous propose quelques sites et une référence :

La présentation la SPCP (en français)

Une description trouvée à l’Université York de toronto

Une troisième description :

Pour finir, il y a, bien sûr, "On becoming a person" de Carl Rogers :


Carl R. Rogers
On Becoming a Person: A Therapist's View of Psychotherapy (Paperback)
Mariner Books (September 7, 1995)
- ISBN: 039575531X

NB : la traduction française, connue sous le nom de "Le développement de la personne" est amputee de 5 chapitres sans aucune explication ni avertissement de la part de l’éditeur