Pour Carl Rogers, il est très important que la relation d’aide ne soit pas réservée aux "professionnels", à savoir les psychologues et les psychiatres. La relation d’aide est avant tout une relation, elle fait appel à la personne et à ses dons relationnels et pas à un savoir-faire ou à des techniques. D’aucuns parleraient de son "savoir être", si ce n’est que ce terme, justement, implique des techniques, un savoir appris.
Avec le temps, il a pris de très grandes distances d’avec le monde académique. Dans un article intitulé "Some New Challenges for the helping professions" présenté lors de la réunion de 1972 de l’Association Américaine des Psychologues [1], il leur pose différentes questions dont les suivantes : "Dare we develop a human science ?" ("Allons-nous enfin oser développer une science humaine ?") et "Dare we do away with professionalism ?" ("Allons-nous enfin oser nous débarrasser de notre professionnalisme ?").
Carl Rogers ne supportait plus de voir ses collègues se cacher derrière leurs titres, leurs postes académiques, leurs positions et leurs statuts sociaux, leurs protocoles, leurs pratiques standardisées, leur "distance thérapeutique" pour couper toute possibilité de relation vraie et humaine avec leurs client-es et pour se contenter de les traiter en objets.
Dans la version étendue d’un article présenté en 1958 à une conférence de l’American Academy of Psychotherapists intitulé "Ellen West – and Loneliness" [2], Carl Rogers raconte l’histoire terrible d’Ellen West, une femme allemande qui s’est suicidée après la fin de la guerre. Il montre à quel point sa famille a nié son identité et ses désirs, la souffrance qui en a suivi et surtout la manière dont les "spécialistes" l’ont (mal-) traitées, la manipulant comme un objet, l’étudiant, la diagnostiquant mais sans une seule seconde écouter vraiment qui elle est.
Il n’est donc pas vraiment étonnant que Carl Rogers ait mis beaucoup d’énergie à faire en sorte que la relation d’aide ne soit pas réservée à quelques personnes, à une caste, dont la majorité des membres est, en fait, incapable de relation.
Il en a résulté que les associations et sociétés qui se sont créées autour de l’approche centrée sur la personne ont développé des formations, dites "de praticien-ne en relation d’aide" qui sont accessibles à des personnes qui n’ont pas de diplôme de psychologue ou de psychiatre.
Ces formations sont des formations de longue durée (4 ans), réalisables en cours d’emploi, mais elles exigent un grand investissement personnel de la part des personnes qui les entreprennent [3]. Sur le plan Européen, ces formations sont réglementées [4] et ont obtenu une forme de reconnaissance officielle, mais je ne sais pas laquelle. En Suisse, pour autant que la personne dispose d’un diplôme précédent, cette formation serait reconnue comme de niveau HES par les directeurs de l’instruction publique.
Cette formation qui dure quatre ans est une formation solide qui va confronter la personne à son propre vécu, à ses potentialités et ses entraves en matière de relation. La relation d’aide s’y apprend en pratiquant et à l’aide de supervisions qui permettent aux personnes d’obtenir des feedbacks de se réajuster et de progresser.
Même si, socialement, elle n’est pas aussi prestigieuse qu’un master ou un doctorat en université, même si elle ne permet pas de postuler pour des postes académiques, c’est une formation solide qui permet à des personnes qui n’ont pas pu faire des études de psychologie dans leur jeunesse, mais qui ont une grande expérience humaine, de mettre cette dernière à profit et au service des autres en devenant des personnes aidantes efficaces.
Elle s’adresse à des personnes qui ont une large palette de profils. Il peut s’agir d’infirmier-e-s ou d’assistant-e-s sociaux(-ales), de personnes actives bénévolement dans le monde associatif, de personnes qui entendent ouvrir leur propre cabinet, de personnes qui ont un rôle d’accompagnement dans des institutions religieuses ou autres.
Le fait qu’elle s’adresse aussi à des personnes qui sont actives dans le monde associatif, ou "dans la société", mais pas nécessairement en cabinet me semble particulièrement important pour permettre de développer une écoute respectueuse de personnes qui ont appris à se méfier viscéralement de tous ceux et celles qui s’intitulent "personnes aidantes".
Références :
[1] publié sous la forme du chapitre 11 de son ouvrage "A way of being"
[2] publié sous la forme du chapitre 6 de son ouvrage "A way of being"
[3] On trouvera ici le règlement de la formation donnée par la société Suisse, la SPCP
[4] Voir, par exemple "The european Association for Counselling"
bonjour, je souhaiterai savoir si je pouvais suivre cette formation en France et si oui, ou pourrais-je me renseigner ?, j’habite en alsace. Aider les autres c’est toute ma vie ! merci infiniment e votre reponse !
cordialement
malou
Bonjour
Votre question revient souvent. Le NETWORK OF THE EUROPEAN ASSOCIATIONS FOR PERSON-CENTERED AND EXPERIENTIAL PSYCHOTHERAPY AND COUNSELLING liste deux organismes en France qui prodiguent des formations :
Il y a l’Association Française de Psychothérapie dans l’Approche Centrée sur la Personne et l’Institut pour l’Approche Centree sur la Personne – France . La première de ces deux références mentionne, entre autres, L’Institut de Focusing d’Europe Francophone (IFEF) qui est assez connu.Il vous faudra explorer à partir de ces liens pour avoir plus d’informations sur les formations prodiguées, sur les modalités, les conditions d’entrée, etc.
Maintenant, est-ce que je peux vous demander ce que vous voulez dire par "l’aide de l’autre, c’est toute ma vie" ? Cette formulation n’est pas très habituelle à mes yeux et elle me surprend. Que voulez-vous dire par cette expression ?
Une des choses sur lesquelles l’approche centrée sur la personne est très claire, c’est qu’il est véritablement essentiel que la personne aidante, quel que soit son titre, prenne soin d’elle-même, de ses propres besoins et de sa croissance personnelle avant et pendant qu’elle accompagne d’autres personnes. C’est une condition essentielle pour ne pas se mélanger avec l’histoire de l’autre et pour faire un accompagnement véritablement respectueux. En ce sens, si vous pratiquez l’approche centrée sur la personne, l’aide de l’autre ne peut pas et ne doit pas être toute votre bien bien au contraire. Il est essentiel que vous ayez votre propre vie, bien distincte de celles des autres et en dehors de votre activité d’accompagnement.
bonsoir, je comprend que cela puisse vous surprendre en effet. Mais depuis toujours j’ai su etre a l’ecoute des autres en leurs apportant de l’aide. je suis tres bien, epanouie dans ma vie et justement le fait d’etre si bien fait que j’ai ce besoin d’aider les autres ..c’est une reconnaissance pour moi meme, si la ou les personnes que j’ai aide vont mieux..vous trouvez cela bizarre ?
merci pour votre reponse Marie-Noelle
Bonjour Malou et merci de votre réponse.
Ce qui m’a paru bizzare, c’est bien l’expression que vous avez utilisée qui peut être interprétée de différentes manières.
Une des difficultés de tous les organismes de formation à la relation d’aide, c’est de suivre de manière appropriée les personnes qui n’ont pas (encore) la maturité nécessaire pour ce genre d’activité. Il s’agit en particulier de personnes qui n’ont que peu (voire pas) travaillé sur leurs propres difficultés personnelles et qui utilisent la relation d’aide comme un mécanisme compensatoire. De telles personnes peuvent faire de grands dégats face à des personnes fragiles et en détresse, comme c’est souvent le cas au début d’une démarche personnelle. Dans une relation d’aide il peut être très facile de mélanger l’autre à ses difficultés personnelles et cela peut provoquer de gros dégats. Cela n’est pas pour rien que même les personnes qui ont beaucoup d’expérience et qui ont beaucoup cheminé s’astreignent à une supervision et/ou une intervision régulière.
Dans un tel contexte, la relation d’aide et l’accompagnement d’autrui ne doit surtout pas être "toute sa vie", si on veut être vraiment aidant-e et dans une pratique saine. Bien au contraire, il est essentiel que la personne ait très sérieusement cheminé face à ses propres difficultés intérieure, qu’elle continue à se faire aider pour ses difficultés personnelles, qu’elle prenne en main la satisfaction de ses besoins (afin de ne pas les projeter sur les autres) et qu’elle ait une vie personnelle bien remplie.
Ne vous connaissant pas, ne sachant pas ce que l’expression "les autres c’est toute ma vie" représente pour vous, je vous ai demandé de préciser ce que cela veut dire pour vous. J’entends que vous avez toujours su être à l’écoute des autres. Cela ne me parait pas bizzare et vous êtes loin d’être seule dans ce cas de figure. C’est juste que, dans une pratique de relation d’aide, il est essentiel de bien sentir où on se situe.
Meilleures salutations
Marie-Noëlle
Bonsoir,
Comme cette question revient régulièrement, il me semble bon de poser cette réponse directement sur le site. J’espère qu’elle sera utile à d’autres personnes.
L’association mondiale contient un lien vers les associations belges
Ce dernier mentionne plusieurs associations et centres de formation :
A.F.P.C. – Association Francophone de Psychothérapie Centrée–sur–la–Personne et Expérientielle
Elle est décrite comme suit :
B-1150 Bruxelles, avenue Sainte-Alix, 60
Year of foundation: 1986
Member of: Association Belge de Psychothérapie, Fédération Belge des Psychologues, WAPCEPC, NEAPCEPC.
Contact person: Jean-Marc Priels • Clinique Sans Souci, B-1090 Bruxelles, 218 Avenue de l'Exposition • T: +32 2 4780433, 4289043 • F: +32 2 4203816 • priels.jean-marc@pi.be
Training in: psychotherapy, relation d'aide
Journal: Le Journal de l'A.F.P.C., Bruxelles (AFPC) 1989ff
Ce même lien mentionne trois organismes de langue flamande :
VVCEPC – Vlaamse Vereniging voor Cliëntgericht - Experiëntiële Psychotherapie en Counseling
formerly: VVCgP – Vlaamse Vereniging voor Cliëntgerichte Psychotherapie
Adrien De Gerlachestraat 19, B-2650 Edegem • T: +32 3 2570591 • vvcgp@wanadoo.be • www.vvcgp.be
Member of: NEAPCEPC
Contact person: (2005:) Geert Derre, B-9031 Baarle-Drongen, Baarleveldestraat 92-94 • geert.derre@pandora.be; (from 2006:) K.urt Renders T: +32 3 2370073 kurt.renders@telenet.be
Journal | Tijdschrift: Tijdschrift Cliëntgerichte Psychotherapie, Utrecht, NL (de Tijdstroom) 1962ff (together with VCgP)
Centrum voor cliëntgericht-experiëntiële psychotherapie en counseling (Katholieke Universiteit Leuven)
B-3000 Leuven, Tiensestraat 102 • Prof. Germain Lietaer, Prof. Mia Leijssen • training for psychotherapists and counsellors •
http://www.psy.kuleuven.ac.be/psychotherapie/client-centered/
Faculteit voor Mens en Samenleving
B-2300 Turnhout, Stationsstraat 82 • T: +32 14 415398 • F: +32 14 418448 • fms@aula.com • www.aula.com/fms • training for psychotherapists and counsellors
Contact person:: Claude Missiaen
R. U. Gent – Specialisatieopleiding Ontwikkelingsgerichte en experiëntiële psychotherapie. Kinderen en adolescenten
Faculteit voor Psychologische en Pedagogische Wetenschappen • B-9000 Gent, H. Dunantlaan 2 • Prof. L. Verhofstadt-Denève • training for psychotherapists
Mais je n’ai aucun lien avec ces groupes et je ne sais pas comment ils fonctionnent. Il vous faudra donc les contacter directement.
J’espère toutefois que ces liens vous seront utiles.
Bonsoir,
La réponse dépend probablement de votre pays de résidence. Par ailleurs, ce qui est interdit partout, c’est de prétende être ce qu’on n’est pas. Dans plusieurs pays, la pratique de la "psychothérapie" est protégée. Ne peuvent prétendre pratiquer la psychothérapie que les personnes dûment autorisées. Prétendre disposer d’un diplôme qu’on n’a pas est une tromperie et est répréhensible dans tous les pays. Mais la relation d’aide en tant que tel et le counselling en particulier ne sont pas protégés de la même manière que la psychothérapie. Et la frontière entre l’un et l’autre est peu claire. L’essentiel est donc de dire clairement les choses et de ne pas prétendre à ce qu’on ne peut pas prétendre.
En Suisse en tout cas, une personne qui ouvrirait un cabinet au titre de la relation d’aide et du counselling et qui ne prétendrait pas avoir des diplômes qu’elle n’a pas ne court pas de risque. Une personne qui dirait clairement, en plus, qu’elle est en formation en courrait encore moins dans la mesure où elle annonce la couleur.
Par ailleurs, l’approche centrée sur la personne a ceci de particulier qu’elle s’apprend en pratiquant. On ne peut se former qu’en ayant des entretiens et en se faisant superviser. Mais, une fois encore il faut dire les choses clairement, il faut s’engager à respecter des normes éthiques et il faut se faire superviser dans les règles. J’imagine que la situation en France et en Belgique doit être proche. Les associations de pratique de l’approche centrée sur la personne doivent pouvoir vous confirmer ce point.
Maintenant, puis-je vous demander pourquoi vous me posez cette question ? Est-ce que vous songez à vous former ou est-ce que vous vous faites accompagner par une personne en formation et vous vous interrogez sur la légitimité de cette pratique ?