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Praticien-ne en relation d’aide, une formation atypique

Publié le vendredi 11 août 2006.


La formation de praticien-ne en relation d’aide est atypique en ce sens qu’elle est accessible aux personnes qui n’ont pas de diplôme de psychologue ou de psychiatre, qu’elle n’est pas une formation au rabais et que cette disposition est un élément essentiel de l’approche centrée sur la personne.

Pour Carl Rogers, il est très important que la relation d’aide ne soit pas réservée aux "professionnels", à savoir les psychologues et les psychiatres. La relation d’aide est avant tout une relation, elle fait appel à la personne et à ses dons relationnels et pas à un savoir-faire ou à des techniques. D’aucuns parleraient de son "savoir être", si ce n’est que ce terme, justement, implique des techniques, un savoir appris.

Avec le temps, il a pris de très grandes distances d’avec le monde académique. Dans un article intitulé "Some New Challenges for the helping professions" présenté lors de la réunion de 1972 de l’Association Américaine des Psychologues [1], il leur pose différentes questions dont les suivantes : "Dare we develop a human science ?" ("Allons-nous enfin oser développer une science humaine ?") et "Dare we do away with professionalism ?" ("Allons-nous enfin oser nous débarrasser de notre professionnalisme ?").

Carl Rogers ne supportait plus de voir ses collègues se cacher derrière leurs titres, leurs postes académiques, leurs positions et leurs statuts sociaux, leurs protocoles, leurs pratiques standardisées, leur "distance thérapeutique" pour couper toute possibilité de relation vraie et humaine avec leurs client-es et pour se contenter de les traiter en objets.

Dans la version étendue d’un article présenté en 1958 à une conférence de l’American Academy of Psychotherapists intitulé "Ellen West – and Loneliness" [2], Carl Rogers raconte l’histoire terrible d’Ellen West, une femme allemande qui s’est suicidée après la fin de la guerre. Il montre à quel point sa famille a nié son identité et ses désirs, la souffrance qui en a suivi et surtout la manière dont les "spécialistes" l’ont (mal-) traitées, la manipulant comme un objet, l’étudiant, la diagnostiquant mais sans une seule seconde écouter vraiment qui elle est.

Il n’est donc pas vraiment étonnant que Carl Rogers ait mis beaucoup d’énergie à faire en sorte que la relation d’aide ne soit pas réservée à quelques personnes, à une caste, dont la majorité des membres est, en fait, incapable de relation.

Il en a résulté que les associations et sociétés qui se sont créées autour de l’approche centrée sur la personne ont développé des formations, dites "de praticien-ne en relation d’aide" qui sont accessibles à des personnes qui n’ont pas de diplôme de psychologue ou de psychiatre.

Ces formations sont des formations de longue durée (4 ans), réalisables en cours d’emploi, mais elles exigent un grand investissement personnel de la part des personnes qui les entreprennent [3]. Sur le plan Européen, ces formations sont réglementées [4] et ont obtenu une forme de reconnaissance officielle, mais je ne sais pas laquelle. En Suisse, pour autant que la personne dispose d’un diplôme précédent, cette formation serait reconnue comme de niveau HES par les directeurs de l’instruction publique.

Cette formation qui dure quatre ans est une formation solide qui va confronter la personne à son propre vécu, à ses potentialités et ses entraves en matière de relation. La relation d’aide s’y apprend en pratiquant et à l’aide de supervisions qui permettent aux personnes d’obtenir des feedbacks de se réajuster et de progresser.

Même si, socialement, elle n’est pas aussi prestigieuse qu’un master ou un doctorat en université, même si elle ne permet pas de postuler pour des postes académiques, c’est une formation solide qui permet à des personnes qui n’ont pas pu faire des études de psychologie dans leur jeunesse, mais qui ont une grande expérience humaine, de mettre cette dernière à profit et au service des autres en devenant des personnes aidantes efficaces.

Elle s’adresse à des personnes qui ont une large palette de profils. Il peut s’agir d’infirmier-e-s ou d’assistant-e-s sociaux(-ales), de personnes actives bénévolement dans le monde associatif, de personnes qui entendent ouvrir leur propre cabinet, de personnes qui ont un rôle d’accompagnement dans des institutions religieuses ou autres.

Le fait qu’elle s’adresse aussi à des personnes qui sont actives dans le monde associatif, ou "dans la société", mais pas nécessairement en cabinet me semble particulièrement important pour permettre de développer une écoute respectueuse de personnes qui ont appris à se méfier viscéralement de tous ceux et celles qui s’intitulent "personnes aidantes".

Références :

[1] publié sous la forme du chapitre 11 de son ouvrage "A way of being"

[2] publié sous la forme du chapitre 6 de son ouvrage "A way of being"

[3] On trouvera ici le règlement de la formation donnée par la société Suisse, la SPCP

[4] Voir, par exemple "The european Association for Counselling"