Nous vivons dans une culture qui est obsédée par la détermination du sexe des enfants. Il n’est pas rare que des parents fassent des échographies d’abord pour savoir si leur enfant sera un garçon ou une fille. La plupart du temps, ces derniers n’imaginent pas qu’ils puissent recevoir une autre réponse alors que cela se produit. Par la suite, l’accouchement se termine par la proclamation du sexe de l’enfant. Et tout le monde est heureux d’avoir cette confirmation. Mais ça n’est pas toujours aussi simple.
Au moment où ils prennent conscience qu’ils ont un sexe, environ vers 4-5 ans, certains enfants sentent que quelque chose ne va pas, qu’il y a eu une erreur quelque part. Ils réagiront en disant quelque chose du genre "mais pourquoi est-ce qu’on me traite en fille alors que je suis un garçon ?" ou inversement. Cette découverte est douloureuse et angoissante. Elle l’est encore bien plus si leurs proches nient totalement ce qu’ils ressentent, ce qui est extrêmement fréquent.
Grandir et vivre quand on attend de vous certains comportements, certaines attitudes, certains sentiments alors que tout cela vous est totalement étranger, que vous devez en permanence jouer un rôle pour satisfaire les attentes des autres, alors qu’absolument personne ne vous écoute et ne vous comprend, et surtout pas vos parents et encore moins les psychologues chez qui ils vous envoient est une expérience terrifiante.
Quand on grandit comme cela, on espère très longtemps qu’un beau matin on va se réveiller avec un corps enfin juste. Certains enfants passent beaucoup de temps à prier le Bon Dieu afin qu’il se rende compte enfin de l’erreur qu’il a fait et qu’il la répare de suite. Alors quand l’adolescence arrive et qu’on voit son apparence physique nous trahir encore un peu plus, c’est encore bien pire.
A l’adolescence, nombre d’enfants trans se sentent totalement seuls et désespérés et ils vivent cela depuis des années. Ils sont très souvent tristes, mélancoliques, déprimés. Nombre d’entre eux se suicident. D’autres se mettent à consommer des drogues ou à faire des choses dangereuses dans l’espoir d’en finir. Ils se sentent tellement seuls, incompris et abandonnés de tous, ils se sentent dans un tel chaos qu’il leur est très difficile de nouer des relations avec leurs camarades et les autres ados. Ils deviennent les exclus et les moutons noirs des classes et des groupes. Nombre d’entre eux subissent beaucoup de violence et ils en seront marqués à vie.
Si c’est votre cas, il est essentiel que vous sachiez que vous n’êtes pas seul au monde, que d’autres personnes ont eu la même enfance et qu’elles ont réussi à trouver un chemin pour s’accepter, pour réparer leur corps et pour vivre une vie heureuse. Trouver cette voie va vous demander de lutter de toutes vos forces, mais il y a d’autres issues que le suicide.
Cela n’a l’air de rien mais mettre des mots, des mots qui décrivent et qui ne condamnent pas, sur ce que l’on ressent nous aide beaucoup à nous y retrouver.
Certains enfants sont nés dans un corps de fille alors qu’ils sentent très fort et depuis toujours qu’ils sont des garçons. Pour d’autres c’est l’inverse. On parle alors de transsexualité. Pour d’autres enfants, c’est plus compliqué. Souvent, ils se sentent à la fois garçon et fille. On parle alors de personnes transgenres.
Ce sont deux expériences en apparence très proches, mais la trajectoire de vie et les besoins des personnes transsexuelles et transgenres sont en fait assez différents. Les personnes transsexuelles et transgenres n’ont pas les mêmes besoins en matière de correction physique de leurs corps. Elles se situent aussi différemment ce qui fait que leur besoin de se fondre dans la société n’est pas la même.
Les personnes transsexuelles ont besoin de pouvoir complètement réparer leur corps et de se faire reconnaître comme appartenant au sexe avec lequel elles s’identifient. Cela implique des soins médicaux (au minimum un traitement hormonal, un travail de la voix et une opération de réattribution de sexe) ainsi qu’une mise à jour de le statut officiel (changement d’identité et de tous leurs papiers).
De leur côté, les personnes transgenres ne souhaitent pas une transformation aussi complète. La plupart sentent qu’une correction partielle de leur corps (habituellement un traitement hormonal) leur suffit. Certaines souhaitent changer leurs papiers et leur statut social, mais,suivant les pays, ça n’est pas toujours possible.
Les opérations de réattribution de sexe pour les femmes transsexuelles sont bien au point et les résultats sont excellents quand elles sont effectuées par des chirugiens de tout premier plan. Les interventions de réattribution de sexe destinées aux hommes transsexuels restent plus problématiques, très chères et il y a moins de chirugiens qui les maîtrisent. Il est de ce fait plus fréquent que des personnes qui s’identifient comme hommes renoncent en particulier à une phalloplastie (l’opération destinée à reconstituer un sexe masculin), quand bien même ils y aspirent fortement. La conséquence est qu’il y a une assez forte proportion de personnes qui s’identifient en tant qu’hommes mais qui ne procèdent pas à l’ensemble des opérations légalement nécessaires à la mise à jour de leurs papiers. Il y a aussi une proportion croissante de personnes qui ne s’identifient pas comme homme, mais comme des femmes homosexuelles qui pratiquent un traitement à la testostérone. Elles se définissent souvent comme des "gender queer", terme qui n’a pas d’équivalent français.
La transformation des personnes transsexuelles ne se limite pas à des traitements médicaux. Ceux-ci s’inscrivent dans une longue démarche intérieure qui leur permet de se défaire du masque qu’elles ont du porter, d’explorer, d’accueillir puis d’affirmer leur vrai visage. Cette démarche, appelée transition est une forme de coming-out radical, dans lequel la personne se découvre, puis s’affirme dans tous les domaines de sa vie (famille, amis, travail, école, loisirs. Etc.). Et les démarches médicales qui l’accompagnent, le changement profond de l’apparence de la personne font qu’il n’est pas possible de ne faire ce coming-out que partiellement. C’est donc une entreprise radicale et sans retour qui demande beaucoup de force, de détermination et de courage.
Le chemin intérieur des personnes transgenres a ceci de particulier que leur identité intérieure est en dehors des normes habituelles en matière de sexe et de genre. S’il leur faut également se débarasser du masque qu’elles ont du porter pendant des années, si leur transition est médicalement plus simple que celles des personnes transsexuelles, elles doivent assumer le fait que leur identité propre n’est pas reconnue par la société, ce qui est loin d’être facile à vivre. L’espagne a récemment adopté une loi qui prend en compte à la fois les personnes transsexuelles et les personnes transgenres, espérons que cela se généralisera dans les années à venir.
L’adolescence et le début de l’âge adulte et souvent le premier moment ou les personnes transsexuelles et transgenres ont la possibilité de commencer à accepter et à assumer leur identité propre. Mais faire son coming-out à ce moment peut se révéler extrêmement difficile. Certains parents réagissent très violemment face à un enfant qui leur révèle sa différence. Ils ne peuvent supporter de voir mis en lumière et affirmé ce qu’ils ont tout fait pour nier. Il arrive que des enfants ou des adolescents se retrouvent à la rue pour avoir révélé leur transsexualité ou leur transgendérisme. Si vous êtes encore dépendants d’eux, il peut être sage d’être très prudent et de ne révéler votre différence que si vous êtes sûr-e d’être accueillis. Si vous avez des doutes à ce sujet, il peut être prudent de garder votre révélation pour plus tard, même si cela fait très mal.
Même si cela n’est pas le cas, il est important que vous compreniez que votre coming-out a des chances de mal se passer, si vous le faites dans l’espoir d’obtenir de vos parents l’autorisation de vivre votre différence. Faire son coming out est un acte d’affirmation et d’expression de soi qui demande de ne pas dépendre de l’acceptation de l’autre. Ca demande une grande sécurité intérieure.
Les traitements dont vous aurez besoin ne sont pas tous remboursés et certains sont très chers. C’est essentiel de vous former autant que vous le pouvez et de choisir un travail qui vous permettra d’une part de gagner l’argent nécessaire et d’autre part qui rendra possible votre transition, donc où vous vous sentirez bien et serez facilement accueillis aux différentes étapes de votre transition. Cette dernière est un moment de grande vulnérabilité. On risque entres autres d’y perdre son travail ce qui est dramatique quand on a besoin de beaucoup d’argent. C’est le début d’un enchaînement qui mène des gens au suicide. Pour réduire ce risque, c’est extrêmement précieux d’avoir un emploi dans lequel on se rend "indispensable".
Nombre des traitements nécessaires à une transition sont remboursables dans les différents pays d’Europe. Mais, pour obtenir ce remboursement, vous serez obligé-e-s de passer par des circuits officiels, en général psychiatriques, qui ne sont pas toujours respectueux et qu’un nombre croissant de personnes transsexuelles et transgenres récusent. C’est là où le fait de gagner assez d’argent pour vous permettre de financer intégralement votre transition peut devenir très important. Si c’est vous qui payez, vous aurez considérablement plus de liberté de choix que si vous passez par des canaux standards. Ceci peut en particulier vous permettre de trouver des personnes respectueuses de votre identité et d’éviter des prises en charge trop souvent foncièrement deshumanisantes. C’est aussi pour cela que d’étudier autant que vous le pouvez est très important.
Si vous avez la chance de vivre dans une famille qui vous accueille et qui vous soutient tel que vous êtes vraiment, alors il est possible d’envisager de faire une transition "précoce". Celle-ci vous permettra de faire vos expériences d’adolescent-e à peu près en même temps que les autres, et elle vous évitera de voir votre corps trop se déformer en raison de la puberté. Vous aurez besoin de l’aide de gens un peu aventureux car ce genre de transition fait peur à une majorité d’adultes.
Il est aussi important de ne pas oublier que savoir qui on est et qui on aime sont deux choses bien distinctes. Cela signifie qu’il existe une certaine proportion de transsexuelles lesbiennes et de transsexuels gays. Etre attirée par des femmes alors que vous vous situez vous-même en femme, ou être attiré par des hommes alors que vous vous situez vous-même en homme ne veut donc pas dire que vous n’êtes pas transsexuel-le.
Selon une publication récente , le Dr. Walter Bockting, connu pour pratiquer un accompagnement respectueux des personnes, indique que, parmi les personnes MtF, 27% sont attirées par les hommes, 25% par les femmes, et 38% sont attirées par les deux. Parmi les personnes FtM, 10% sont attirés par les hommes, 55% par les femmes et 35% sont attirés par les deux. On trouve donc tous les cas de figure parmi les personnes transgenres et transsexuelles.
Au passage, on notera que cette même publication indique que, si les débuts d’une transition sont souvent difficiles, avec le temps, la grande majorité des personnes trouvent leur place dans la société, que ce soit sur le plan professionnel, social ou amoureux. Dans une autre publication récente , il ajoute qu’un des éléments clefs est que les personnes doivent comprendre qu’elles doivent d’abord être pleinement elles-mêmes plutôt que de correspondre à un nouveau stéréotype, même si cela signifie être une femme ou un homme un peu atypique.
Pour finir, vous situer en homme ou en femme ne signifie pas que vous êtes obligés d’adopter une expression de genre traditionnelle. Rien ne vous empêche par exemple d’être une femme androgyne ou même butch et rien ne vous empêche d’être un homme fin, sensible et cultivé. Il est très important de ne pas oublier cela, surtout que certains thérapeutes ont tendance à vous enfermer dans des expressions de genre stéréotypées et qu’ils vous reprochent ensuite ce même comportement stéréotypé !
Quand on se découvre transsexuel-le ou transgenre, on se croit seul-le au monde. Mais cela n’est pas si vrai que ca. On a calculé qu’aux Etats-Unis et en Angleterre, une personne sur 2500 a déjà bénéficié d’une opération de réattribution de sexe. Les mêmes personnes ont calculé qu’environ une personne sur 500 serait transsexuelle mais ne serait pas prise en charge. Quant aux personnes transgenres, elles sont encore plus nombreuses. Deux personnes sur 100 seraient transgenre selon les mêmes estimations [1]]. Cela n’est donc pas si rare que ça que de naître transsexuel-le ou transgenre. Et si cela n’est pas votre cas, cela ne serait pas surprenant si vous aviez une personne transsexuelle ou transgenre dans votre entourage. Dans votre vie, vous en avez presque certainement croisées, même si vous ne les avez pas identifiées comme telles.
Historique de cet article :
16.09.06 : sortie du format initial, plus de place pour les personnes transgenres, quelques éléments distinguant le parcours des personnes MtF des personnes FtM
16.09.06 : structuration du texte
27.05.08 : ajout de quelques commentaires sur la proportion des différentes orientations sexuelles parmi les personnes transsexuelles et transgenres.
[1] [http://ai.eecs.umich.edu/people/conway/TS/TSprevalence.html->http://ai.eecs.umich.edu/people/conway/TS/TSprevalence.html
Bonjour,
J’ai parcouru votre site en entier et cela m’a touché énormément car j’ai moi-même toujours ressentis au fond de moi-même être un garçon même si j’ai l’apparence du sexe opposé. J’essaie de ne pas trop penser à mon problème mais je consomme de la drogue depuis des années et je pense maintenant connaître davantage la raison de ma dépendance. Je suis en couple avec un garçon depuis maintenant 3 ans. Je pense aujourd’hui que s’il n’a jamais sembler voir un problème d’identité chez moi c’est que lui même n’a jamais voulu s’avouer homosexuel. Il me répète sans cesse n’être nullement attiré par les autres filles, serait-ce parce que, comme je le soupçconne, il est attiré par l’homme que je suis en réalité, sans qu’il puisse le réaliser lui-même ?
Max
Bonsoir et merci de votre message.
Je suis heureuse de savoir que vous vous retrouvez dans le contenu de ce site, au point de vous sentir confortée dans ce que vous pressentez déja de votre propre identité. Je suis aussi heureuse de savoir que vous vous sentez un peu plus au clair face à ce que vous pousse à consommer de la drogue.
En ce qui concerne votre ami, c’est un fait que si lui-même est peu au clair sur sa propre identité et sur ses préférences amoureuses, cela peut ne pas vous faciliter le travail de vous mettre au clair face à votre propre identité. Il est aussi possible qu’il soit attiré par l’homme qu’il sent que vous êtes en réalité, mais je ne peux, bien sûr, rien dire au delà du fait qu’il s’agit d’une possibilité parmi d’autres. dans ce genre de situation, il est très facile d’interpréter les réaction de ses proches en y projetant ses propres désirs ou ses propres peurs. Même s’il est possible que vous ayez senti juste, l’inverse est tout aussi vrai. Vous ne saurez ce qu’il en est que quand vous vérifierez en lui faisant part de ce que vous vivez et en lui demandant ce qu’il ressent vraiment.
Je dois aussi vous signaler que certaines personnes semblent attirées ou rassurées par une personne transsexuelle ou transgenre qui n’a pas encore entrepris de transition. Par exemple, dans certains cas que je connais, des femmes qui ont vécu des violences de la part des hommes de leurs famille, sont rassurées de rencontrer un compagnon MtF (qui n’ose pas encore s’assumer) considérablement plus doux et respectueux que tout ce qu’elles ont connu auparavant. Mais quoi que ce soit que cela signifie de qui elles sont, cela ne veut pas du tout dire qu’elles seront prêtes à accepter la différence de leur partenaire quand celui-ci aura la force de se révéler et de s’assumer. La récpiproque se produit aussi dans des couples dont un des partenaires est une personne FtM. Il peut y avoir de très nombreux parcours de vie qui mènent à ce genre de situation.
Cette expérience me pousse à vous mettre en garde de faire attention à ne pas trop projeter vos désirs ou vos peurs sur les réactions de votre compagnon et à ne pas trop attendre de choses tant que vous n’êtes pas au clair sur sa rélle acceptation de votre vrai visage.
Bonjour,
Merci pour ce site qui pour une fois ne prétend pas détenir LA vérité. Merci pour votre modération. Merci pour cette ouverture vers le monde extraterrestre des transgenres. Je suis transgenre et je l’assume. Je témoigne modestement sur mon site (pascal-claire.com) que le bonheur existe même pour nous, dès lors que nous supportons notre propre regard.
Cordialement
Bonsoir Pascal Claire et merci de votre message.
Je suis heureuse de savoir que ce site vous a touché-e, que vous avez pu vous y sentir respecté-e et que vous avez pu y retrouver au moins un fragment de votre propre parcours de vie. L’une des choses que mon propre parcours m’a appris, c’est l’extraordinaire diversité des parcours de vie, des trajectoires, des sens que les personnes donnent à leur expérience de vie. Cela rend la tenue de ce site d’autant plus difficile dans la mesure où il n’est pas simple d’écrire des articles qui soient substantiels tout en respectant la diversité des expériences de vie des personnes concernées.
Bonjour Freddy et merci de ton message.
Ton message est bien bref, mais il est quand même très touchant. Il l’est d’autant plus que j’ai déja reçu nombre d’autres messages d’ados FtM ou MtF qui me disaient leur souffrance et leur désespoir de pouvoir enfin trouver une porte de sortie à leur enfer.
Je comprends que tu aies besoin de pouvoir au moins par moments ne plus sentir l’enfer dans lequel tu vis. Il est fréquent que des personnes transsexuelles ou transgenres boivent, à la fois pour ne plus sentir au moins pendant un moment et aussi comme une forme d’autodestruction douce. J’aimerais cependant juste te dire que tu vas avoir besoin de toutes tes ressources pour pouvoir réussir ta transition, si tel est ton choix. Cela implique aussi de pouvoir financer des traitements lourds, pas toujours remboursés. Gagner un maximum d’argent facilite beaucoup cette démarche. Et avoir un bon niveau de formation rend aussi plus facile d’avoir un bon salaire. Alors, je t’en prie, même si ca fait mal, fais attention à ne pas détruire tes chances à l’école, elles sont très précieuses pour l’avenir.
Il y a un immense travail à faire pour que ce gâchis cesse. Les structures capables d’informer, de rassurer et d’accompagner les familles sont trop souvent à l’état embryonnaire. Mais, ce qui peut peut-être t’aider toi, c’est de trouver une assos près de ta région à partir de la carte de la Fédération française des assos LGBT . Avec un peu de chance, il y a quelque chose qui n’est pas trop loin de chez toi.
N’hésites pas à me recontacter si tu as d’autres questions. Mais, tant que tu es mineur, l’aide que d’autres peuvent t’apporter reste limitée et soumise à l’assentiment de tes parents.
salut a la personne qui a rédiger cet article et qui a créé ce site car je peux dire que cela m’aide beaucoup. Il y a très peu de temps que j’ai compris que je suis comme toutes les personnes dites atteintes du syndrome de benjamin.
En effet, d’après tout ce que j’ai pu lire jusqu’ici (témoignages, articles...), je suis FtM.J’ai 17 ans mais je ressens ça depuis toujours : je suis un garçon dans le corps d’une fille.
Jusqu’ici, j’en ai parlé qu’à très peu de personnes de peur de leur réaction.Mais j’ai beaucoup de chance car 2 de ces personnes sont mes professeurs(maths et économie) et ils veulent à tout prix m’aider et me soutenir.
Où le problème est, c’est que je n’arrive pas à en parler à ma mère car mon père a des problèmes avec l’alcool et j’ai peur que ma mère dit que je suis aussi fou que mon père,chose que je ne pourrais pas admettre. De plus j’habite dans une ville du Nord, près de Maubeuge, et je ne sais pas où je dois me resseigner pour parler de mes sentiments. Mais le pire pour moi c’est que ma mère ne veut pas me lâcher un peu et donc elle surveille tous ce que je fais.
J’écris donc ce message en cachette et je ne sais pas quand je pourrais voir si quelqu’un m’a répondu (en espérant que quelqu’un réponde vu que l’on est en 2008 et que le dernier message date de 2007).
je préfère rester anonyme car on ne sais jamais mais je vous donne quand même le nom qui, pour moi, est le mien. Merci encore.
Bonjour Mathieu et merci de ton témoignage émouvant.
Il y a un nombre croissant d’ados qui partagent un fragment de leur parcours de vie sur ce site. La grande majorité d’entre eux partage aussi la difficulté de parler à leurs parents et d’obtenir leur soutien.
Tu as écrit ce message en cachette de tes parents et tu pas très peur de la réaction de ta mère qui doit déja faire avec les problèmes d’acool de ton père. Tu crains très fort qu’elle manque du recul nécessaire pour prendre posément et paisiblement la révélation de ton vrai visage. En plus elle te contrôle sans cesse et ce comportement ne contribue pas à accroitre ta confiance.
Tu habites près de Maubeuge, donc près de la frontière Belge. Un rapide examen me montre qu’il existe un centre LGBT à Lille et que ce dernier comporte une association spécifique trans . Lille n’est pas tout à fait la porte à côté et je ne connais pas cette association, mais, au moins, c’est dans la région.
La fédération Française des associations LGBT liste également l’association Couleurs Gaies à Metz dont le site indique qu’elle a un groupe trans. Mais je ne sais pas si Metz est plus proche.
Au delà de cette liste, la question est bien sûr la liberté dont tu disposes pour te déplacer ainsi que les moyens pour financer ces déplacements. Face à l’état de dépendance de nombreux adolescent-e-s, je peux juste proposer de faire des travaux pour pouvoir financer certains déplacements (ca réduit un peu le contrôle parental) et de pousser au maximum ton niveau d’études afin que tu puisses librement financer les éventuels services dont tu pourrais avoir besoin à l’avenir. De plus, faire des études peut aussi signifier un éloignement salutaire d’une famille trop contrôlante.
J’espère que ces pistes te sont utiles. Tu peux bien sûr continuer à me contacter via ce site ou directement par email.
Bonjour Marie-Noëlle,
Je vous lis avec attention et intérêt. J’apprécie beaucoup l’approche que vous avez des sujets "trans" et "intersexué(e)s".
Journaliste parisienne transgenre, j’ai crée récemment (le 7 juillet 2007), un blog ["la webdromadaire de caphi"] consacré à la transidentité : http://caphi.over-blog.fr.
Je me suis permise de reprendre quelques articles pertinents de votre blog.
Je pense que nous sommes vraiment utiles pour celles-ceux qui commencent leur transition. Mais aussi pour les autres, en particulier les "décideurs" (politiques et médias), afin que, dans les sociétés dites "avançées", (pour ne pas parler d’autres régions du monde encore "moyenageuses"), les transsexue(le)s soient enfin mieux compris(e)s et respecté(e)s.
Bien à vous
caphi
la webdromadaire de caphi
http://caphi.over-blog.fr
Bonjour et merci de votre message.
N’ayant jamais rencontré votre enfant, je ne peux, pour l’instant, vous répondre que par des généralités. Comme elles peuvent intéresser d’autres personnes, je me permets de les placer sur le site. Mais, si vous le souhaitez, je suis bien sûr ouverte à continuer cette conversation en privé.
La toute première chose que je me dois de vous dire est que, n’ayant jamais rencontré votre enfant, je ne peux bien sûr pas vous dire qui il (ou elle) est. Mais même si j’avais pu vous rencontrer, il est important de préciser qu’aucune personne aidante ne peut sonder les âmes ni les coeurs. Nous ne pouvons qu’écouter avec attention et nous assurer que nous avons bien entendu ce que d’autres nous partagent.
Pour vous répondre plus factuellement, il est très fréquent que des personnes transsexuelles prennent conscience de leur différence vers l’âge de 4-5 ans, parfois même plus tôt. En tout cas, les témoignages de prises de conscience très précoces sont nombreux.
Vous me demandez comment savoir où se situent les limites, mais de quelles limites parlez-vous ? De celles de la société ? des vôtres ou de celles de votre enfant ? Celles de la société sont qu’elle est extrêmement stéréotypée, qu’elle ne fait rien pour prendre en compte des enfants différents dans le système scolaire, qu’elle nie même jusqu’à leur existence et que les quelques parents qui osent essayer de faire scolariser leur enfant tout en respectant sa différence font oeuvre de pionnier et ils prennent des risques. l’avenir dira s’ils ont raison ou non. Mais ce que nous savons dores et déja, c’est que les personnes transsexuelles devenues adultes disent toutes combien l’école a été un enfer ! Quant à vos propres limites, c’est à vous de les formuler.
Vous me dites que "ca n’est n’est peut-être pas la transsexualité". Qui sait ? J’ei en effet lu des personnes affirmant que les enfants qui s’expriment de la sorte à cet âge ne sont pas tous transsexuel-e-s, que certains suivent une trajectoire de type transgenres et d’autres se situent plus tard en tant qu’homosexuels. Mais qu’est-ce que ca change ? Pour ma part, parmi les personnes que je connais directement et qui se sont exprimées comme votre enfant au même âge, toutes sont transsexuelles. Mais est-ce pour autant une généralité ? Je n’en sais bien sûr rien.
Si je me permets d’insister sur ce point, c’est pour vous demander ce que cela change que votre enfant soit ou non une personne transsexuelle. Est-ce que cela change le regard que vous portez dessus ? L’affection que vous avez ? Est-ce que c’est difficile pour vous de l’accepter en le sachant différent ? Pour certains parents, cela peut être une source de fierté de voir que leur enfant arrive à accepter et à assumer pleinement sa différence, comme la richesse qu’elle représente.
Que votre enfant risque de souffrir, cela est fort probable et j’entends votre inquiétude. Mais nombre de personnes transsexuelles devenues adultes vous diront que non seulement elles ont souffert de l’école et de la société, mais qu’elles ont souffert en premier lieu du déni de leur identité de la part de leurs parents et que cela est encore infiniment plus douloureux. Alors que l’école soit profondément stéréotypée, c’est un fait. Que les enfants rejettent très violemment ceux qui sont différents, c’est aussi, hélas, un fait. Mais est-ce une raison pour lui mettre encore un peu plus la tête sous l’eau ?
Quelle que soit son identité, ce dont votre enfant a besoin, c’est de sentir que vous l’accueillez pleinement tel qu’il/elle est, y compris avec sa différence. Et si il a des plages, en particulier à la maison, où votre enfant peut exprimer cette différence, cela sera peut-être plus facile de négocier des moments où il lui faudra se protéger, quitte à devoir "se déguiser en petit garçon", en particulier à l’école. Vous pouvez peut-être aussi essayer de lui éviter les cours de gym qui sont une vraie torture pour tous les enfants transsexuels. A partir de là, vous aurez quelques années pour voir comment il/elle évolue, si il/elle continue à affirmer être une petite fille ou pas. Vous aurez ainsi le temps de voir si une transition précoce s’avère utile, ou si votre enfant prend une autre trajectoire.
L’école et la socialisation risque fort de rester difficile, mais elle le sera infiniement moins si votre enfant sait que vous savez qui il/elle est vraiment et que vous accueillez inconditionnellement son vrai visage que si il/elle se sent abandonné, rejeté, dénié par ses propres parents.
Et pouvoir donner à son enfant les moyens de faire face à une situation imprévue, de pouvoir traverser le rejet de la société et de pouvoir affirmer sa différence et son vrai visage au moment de quitter l’adolescence, ca me parait être une magnifique réussite pour n’importe quelle famille.
J’espère que ces quelques indications vous aident au moins un peu à y voir plus clair. N’hésitez surtout pas à me contacter, même en privé, s vous en ressentez le besoin.
Bonjour à toutes et à tous. Tout d’abord, je veux vous remercier pour l’existence de ce site. Pardonnez-moi d’être un peu hors sujet mais je ne sais pas trop à qui m’adresser et merci de pardonner la longueur de mon message.
Qu’en est-il des petits-enfants de stranssexuel-le ou de transgenre. Comment leur expliquer la structure de nos familles ?
Mon père, qui a dépassé la 60aine, est transsexuel( ou -le ?) depuis 5 ans (ou transgenre-pardonnez moi, mais quelle est la différence ?). Avec ma femme, nous l’acceptons et l’aimons comme il/elle est, ainsi que sa compagne (femme née femme). Nous les aimons, naturellement, avec simplicité, sans aucune gène, en privé comme en publique.
Notre préoccupation n’est pas l’ homosexualité : mais comment expliquer à notre enfant, qui est encore assez jeune (3 ans), que son grand-père n’est pas celui -celle- qu’il croit ? Que cette dame qu’il voit souvent, et qu’il appelle par son prénom (de femme) est mon père ?
Les questions sur la famille vont très vite être posées : qui est qui ? Le frère de papa, celui de maman, le papa et la maman de maman, ET CEUX DE PAPA... ? Hors de question de mentir, de nier l’existence de mon père. En même temps, notre enfant commence à construire sa petite personne, et aussi son identité sexuelle.
Bien sûr, il faut y aller progressivement, mais comment ???
Bien sûr, il faudra que mon enfant assume toute sa vie à cette différence : celle d’avoir un grand père différent des autres.
Bien sûr,certains disent à raison que ce n’est plus mon père qui est devant moi mais une femme, sortie de sa chrysalide, donc, une autre personne.
Bien sûr, on m’a expliqué qu’il n’est pas mort mais qu’il n’est plus (paradoxe et évidence pas si évident que ça !).
Bien sûr, il/elle restera pour moi mon père, en même temps qu’il/elle doit devenir, pour moi encore, cette femme qu’il/elle est aujourd’hui.
Bien sûr, je ne peux pas l’appeler maman et je ne peux plus l’appeler papa, même si pour elle/lui, je reste son fils.
Bien sûr, ce n’est pas encore évident pour moi de le/la décliner au féminin, même si je l’accepte ainsi (c’est d’ailleurs tout naturel pour ma femme, elle est magnifique !!!!!)
Bien sûr la grammaire française n’aide pas dans cette situation : elle/lui ; ma mère comme mon père disent "c’est MON fils".
D’autres langues offrent une différenciation qui aide peut être plus. Transformer il en elle est impossible dans notre grammaire, possible dans nos coeurs, mais terriblement compliqué. Ce n’est déjà pas simple pour un adulte mais comment expliquer tout ceci à un enfant qui commence à se construire ?
J’ai décidé de ne pas me nommer, pas discrétion naturelle, et aussi parce que je pense que cette interrogation sur les petit-enfants touche toutes les familles de transsexuel-les et de transgenres.
Bonsoir et merci de votre message. Votre question est importante et je vais m’efforcer de faire de mon mieux pour vous répondre.
Si je vous comprends bien, l’un de vos deux parents a la soixantaine et a fait une transition de type "homme vers femme" il y a déja cinq ans. Vous et votre propre compagne l’acceptez telle qu’elle est, de même que sa propre compagne. Parler de votre parent comme la femme qu’elle est n’est cependant pas encore naturel pour vous, sans que vous sentiez que cela soit le signe d’un manque d’acceptation de votre part. Votre préoccupation concerne votre enfant de trois ans et que vous vous demandez comment lui expliquer cette situation. Vous vous sentez assez emprunté et vous avez peur qu’une explication simple et directe ne le perturbe dans la construction de sa propre identité. Pour finir, vous avez conscience que votre question peut intéresser d’autres familles. Est-ce bien cela ? Est-ce que je vous ai bien compris ?
Est-ce que vous pouvez me dire ce qui fait que vous avez peur qu’une explication simple et directe puisse poser problème ? De quoi est-ce que vous avez peur au fond ?
J’aimerais commencer par vous préciser que j’ai peu travaillé avec des enfants, Mais il me semble que certaines pistes pourront peut-être vous aider.
Un point important à mes yeux est que, au fur et à mesure qu’ils comprennent les choses, les enfants sentent ce qu’on leur cache. Il y a de nombreux cas où les enfants pressentent les secrets de famille et où ils exprimeront très fortement l’existence de ce genre de secret jusqu’à ce qu’il soit enfin levé.
La deuxième est que, à cet âge, les enfants n’ont pas les mêmes conceptions que la plupart des adultes. Ca n’est pas évident pour eu qu’une personne qui parait un homme ne puisse jamais changer d’apparence et inversément.
Une autre chose essentielle à mes yeux est la conscience que chaque personne a une référence intérieure qui lui permet de sentir qui il/elle est, et ce qui est bon pour lui/elle. La révélation de la différence d’un-e proche va changer sa perception du monde, mais cela n’est pas susceptible d’altérer le sentiment qu’il/elle a de qui il/elle est et qui se trouve au plus profond de lui/elle.
A mes yeux, cacher la vérité à un enfant a infiniment plus de conséquences négatives que de la dire tout simplement. Il me semble aussi que d’avoir peur que la révélation de la différence d’un proche pose problème à l’enfant relève de préjugés typiques de la psychanalyse, et que ces derniers sont très fortement teintés d’homophobie et de transphobie.
Pour ma part, je crois qu’on peut dire tout simplement et tout naturellement les choses à un enfant. On peut lui dire que, EN REGLE GENERALE, les papas épousent des mamans et font des enfants, mais qu’il y a de nombreuses exceptions. "Il y a par exemple tante Pauline qui vit avec Clara, et Claude le frère de la compagne de Papa qui vit avec Luc". De la même manière, il arrive que certaines personnes ne sont pas comme elles ont paru être à la naissance. "Tiens, c’est comme Gilles, le cousin de maman qui avait l’apparence d’une petite fille à la naissance".
Quand on explique les chose comme cela, c’est plus simple de lui dire que papa a aussi deux parents, mais que l’un d’entre eux qui avait l’apparence d’un garçon à la naissance était en réalité une femme et qu’elle a fait le chemin nécessaire pour vivre pleinement qui elle est.
"Mais et moi Papa ? Est-ce que ca peut aussi m’arriver ?" "Pas à moin que TOI tu le sentes juste tout au fond de ton ceur. Personne ne peut décider pour toi de qui tu es. Et puis. tu sais, cela n’est pas très fréquent. Mais, même si c’est le cas, tu sais, nous t’aimons toujours autant et nous saurons faire le chemin avec toi".
Après, ses questions viendront les unes après les autres, et il sera possible d’y répondre tout aussi simplement. Puis ca sera intégré et c’est tout. Et votre enfant suivra son chemin quel qu’il soit.
Alors bien sûr que la langue française a d’immenses lacunes pour nommer de manière adéquate et respectueuse de pareils cas de figure et il n’y a pas de doute que ca n’aide pas. Je suis un peu empruntée pour vous faire des suggestions, mais le terme de "parent" est neutre et évite les connotations de "papa" et "maman".
C’est un fait aussi que votre enfant va vivre avec cette différence. Mais il me semble qu’elle peut être vue comme une richesse. Elle peut signifier pour lui un grand-parent beaucoup plus fidèle à elle-même, plus vraie, plus authentique et par conséquent plus aimante. Elle peut aussi signifier pour lui un signe que lui-même pourra suivre son propre chemin et être fidèle à lui-même et cela est très précieux pour tout être humain.
Certains enfants de parents trans ont plus de difficulté que d’autres en raison de cette différence. Mais il semble quand même que cette difficulté est d’autant plus forte que l’autre parent est mal à l’aise, voire rejette violemment celui/celle qui ose enfin assumer son vrai visage. Il est vrai aussi que certains ados ont des difficultés (à cette période là de leur vie) avec tout ce qui les singularise tant ils/elles ont besoin d’appartenir à un groupe. Mais il s’agit d’ados et pas de petits enfants et il s’agit de situation où la personne assume son vrai visage au moment de l’adolescence de l’un de ses enfants. Dans votre situation, cela se passe bien plus tôt.
Quant à votre question concernant la différence entre transsexuel-le ou transgenre, ce sont des mots qui sont utilisés différemment par des personnes différentes. Mais une des manières de les utiliser est d’employer le mot transsexuel-le pour désigner "le groupe des personnes qui font une transition complète et incluent une opération de réattribution de sexe dans leurs parcours" alors que le mot transgenre est utilisé pour désigner "le groupe des personnes qui font une transition sociale, qui opèrent certaines modifications corporelles, mais n’incluent pas de réattribution de sexe dans leurs parcours". C’est une typologie très imparfaite, mais qui en vaut d’autres, et qui a, à mes yeux, l’avantage de permettre de prendre en compte les différences de parcours de vie, de sentiment identitaire et de sens que les personnes donnent à leur propre spécificité. Mais ca n’a rien d’un absolu. c’est juste une tentative de description.
Voilà. J’espère que ces pistes vous seront utiles.
Je suis transgenre MtF. J’ai près de 60 ans, je suis grand-père (biologique) et je vis avec la même femme depuis 35 ans (un cadeau du ciel). J’ai toujours été, depuis mon berceau, une fille dans un corps de garçon. Une souffrance qui ne peut être appréciée par les personnes qui n’ont pas cette dysphorie de genre. Je n’ai pas de conseil à donner, mais il vous faut savoir que le genre de votre enfant va devoir inévitablement s’affirmer avec le temps. Sa ligne de vie est déjà toute tracée à cet égard. Vous n’avez que le pouvoir de rejeter ou d’accepter.
S’il vit refoulé, il vit déjà l’enfer. Le plus difficile pour lui (elle) est le regard de ceux qu’il (elle) aime ; il (elle) ne veut pas les décevoir, mais il (elle) ne peut être cet autre que vous envisagiez pour lui (elle).
Voilà le danger si vous refoulez et tentez de réprimer son sentiment identitaire ; le sentiment se convertira alors en émotion puis en pulsion (et qui sait ce qu’il se trouvera au bout ? car, sur le plan biologique, il (elle) produit, pour le moment, de la testostéronne, une hormone agressive mâle qui est responsable des déviances et des fantasmes chez l’homme). Vous n’avez pas de pouvoir sur son identité, mais vous en avez un sur vous et un sur votre propre famille. Usez-en déjà pour préparer le terrain et pour l’aider à s’épanourir. Vous avez la chance de pouvoir le préparer à l’adolescence, n’hésitez pas. Accompagnez-le (là) dans son cheminement, aidez-le (la) à canaliser toutes les énergies contradictoires qui se heurtent déjà en lui.
Je suis femme à la maison, avec mes enfants, mes frères, mes soeurs et ma mère ; homme dehors puisqu’il est trop tard pour changer cette image avec laquelle j’ai négocié toute ma vie. Ma dysphorie de genre m’a presque conduit au suicide (mon fils aîné m’en a empêché), parce que j’avais peur du regard des autres en raison de ma notoriété. Si tout était à refaire, avec ce que nous savons aujourd’hui et avec les avancées de la médecine, j’irais à l’opération complète, je continuerais de plus belle ma vie de créateur qui me procure une énorme satisfaction et que me permet de participer à la vie financière de mon foyer. Ça prend un équilibre en tout : ma femme travaille à l’extérieur de la maison, moi à l’intérieur, ce qui est tout à fait conforme à nos goûts et aptitudes. La vie est déjà assez compliquée sans que nous l’aidions en ce sens...
Aurore Boréale
Je suis très touchée et très émue de ce que vous partagez. Je suis heureuse de savoir que vous trouvez votre chemin et une part de bonheur malgré l’impossibilité de pouvoir révéler pleinement votre vrai visage et malgré la difficulté de pouvoir habiter votre corps en l’état.
Je crois moi aussi que c’est essentiel que les parents respectent leurs enfants, y compris dans leur différences. Si ces derniers les forcent à se conformer à des stéréotypes qui nient radicalement leur identité, ils reçoivent le message qu’ils sont fondamentalement dysfonctionnels et ils se sentent trahis par ceux là même qui sont le plus censés les accueillir et les accompagner. Cela fait des dégâts terribles.
J’espère que la mère qui a écrit ce témoignage et avec qui je n’ai malheureusement pas eu de contact saura vous écouter.
Merci encore d’avoir pris le temps de partager cette facette de votre vie.
Vous animez un très beau forum. Il est propre et cela me plaît.
Votre travail est essentiel et c’est un plus qui peut faire toute la différence entre le drame et l’acceptation. J’espère aussi que cette mère soit à l’écoute. Elle a besoin de mesurer ce qui arrive à son enfant et à sa famille. Les parents aimants qui ont à coeur l’équilibre émotionnel de leur enfant ont besoin de comprendre qu’ils sont loin d’être un phénomène du genre et qu’ils ne peuvent fuir la réalité (l’identité débute avec l’état de conscience). Cette solitude —que j’espère momentanée pour eux— ne doit pas les priver de la solidarité de ceux et celles qui vivent cette sorte d’expérience.
Permettez que j’ouvre un coin de ma voilette. Je vis au Canada. Je suis auteure (hélas très connue), mais mes lecteurs ignorent que c’est une femme qui a écrit et publié ces quelque soixante livres. Comme je n’ai pas le choix, nous prenons cela comme une richesse ma compagne et moi (bien que je trouve cela toujours aussi difficile qu’au premier jour de ne pas pouvoir m’affirmer comme je me sens, d’aller magasiner madame, sentir des parfums, porter de belles grandes bottes, me perdre sur un banc public avec un livre et sans avoir à dissimuler toutes ces petites choses banales qui sont en moi et qui font ce que je suis).
Ce qui est difficile n’est cependant pas sans utilité ; la souffrance est un état présent alors que l’espérance concerne l’avenir, le sens que prend le bonheur et notre capacité de le construire. Nous nous disons régulièrement, ma compagne et moi, qu’il y a là, dans cette sorte d’expérience que nous vivons depuis si longtemps, de quoi forger la créativité, la sensibilité et l’ouverture d’esprit. Autre point positif, nos enfants ont grandi avec nous et ont élargi leurs propres horizons. Chez nous, c’est le respect total, et nul d’entre nous accepterait qu’il en soit autrement.
Si cela peut rassurer cette maman, je lui dirai simplement que le fait d’avoir vécu et de vivre toujours cette dualité m’aura été bénéfique notamment sur le plan de la créativité et que cette dualité qui n’a pas toujours été évidente a su faire de moi un être humain sensible et digne, un être humain dans le sens le plus noble du terme. C’est déjà là un fort beau projet de vie pour son enfant...
Comme une Aurore Boréale
Merci de votre témoignage et Joyeux Noël ! C’est un magnifique cadeau !
Dans la limite de mes moyens, je m’efforce en effet de faire de ce site un outil qui contribue, entre autres, à aider les personnes qui s’interrogent sur leur identité à s’accepter telles qu’elles sont et à accepter leur identité comme une richesse.
Nombre de parents, même aimants ont beaucoup de mal à intégrer la différence de leur enfant quand celle ci apparait au grand jour. Combien de parents se sont demandés quelles erreurs ils ont commis pour que leur enfant ne corresponde pas aux stéréotypes habituels ! Combien d’entre eux ont du mal à faire le deuil des projets qu’ils avaient bâti pour ces enfants et à les accepter inconditionnellement tels qu’ils sont ! Et il y a ceux, très nombreux, qui n’acceptent pas et qui feront tout, à coup de gifles, à coup de trique, à coup de ceinturon, à coups de punitions, d’humiliations et de destructions systématiques pour faire entrer de force leur enfant dans ce qu’ils considèrent comme "le droit chemin" ! Il vaut mieux littéralement sacrifier leur enfant que d’apprendre à vivre avec une différence qu’ils refusent totalement !
Aujourd’hui nous savons que les adolescents gais et lesbiennes ont des risques de suicide environ 10 fois supérieurs aux ados hétéros. Nous soupçonnons que c’est infiniment pire pour les ados trans. Mais les chiffres sont d’autant plus difficiles à établir que ces jeunes sont moins nombreux et que les morts parlent rarement.
Il est essentiel que les parents comprennent que cela n’a rien d’une tare de se découvrir transsexuel-le ou transgenre, que leurs enfants ont d’autant plus de chances de vivre une vie pleine et féconde qu’ils sont acceptés inconditionnellement tels qu’ils/elles sont et que leur vrai visage est validé affectivement par leurs parents et par leurs proches. Il est tout aussi essentiel qu’ils comprennent qu’ils ont la capacité de rassurer et d’accompagner leur enfant, même dans la société actuelle et même si cela peut demander de prendre des biais avec les institutions officielles.
Je vous admire de pouvoir continuer à vivre sans l’opération dont vous avez tant besoin. Pour de nombreuses personnes, c’est si insupportable qu’elles préfèrent largement la mort (et le suicide) à ce qu’elles ressentent comme un ersatz de vie. Mais certaines personnes choisissent/parviennent à vivre sans cette opération. Certaines se sentent même bien dans cette trajectoire de vie. Pour d’autres, une opération de réattribution de sexe est une question de vie ou de mort et elles préfèrent tout risquer et tout quitter plutôt que de vivre sans.
Je suis très heureuse de savoir que vous avez rencontré une compagne avec qui vous pouvez vivre une entente profonde et à qui vous pouvez manifester pleinement votre vrai visage, tout comme elle peut, j’imagine faire de même avec vous. Ce genre de relation, si essentielle, n’est pas commune.
Meilleures salutations
Le plus difficile n’est pas le fait de ne pas avoir subi l’opération de retribution de sexe, bien que ce soit là un grand manque (une infirmité biologique si je puis dire). Le pire, c’est le fait de ne pas pouvoir faire un « comming out » complet, ne pas pouvoir me commettre à visage découvert avec la totalité des gens (ce qui est le trait de caractère de l’identité, c’est-à-dire « être soi parmi les autres, s’affirmer par rapport à ». Mes proches en souffriraient tant, ma douce qui est un ange et qui a gardé si fidèlement le fort avec moi parmi les temps les plus durs, en subirait de tels contrecoups dans son milieu de travail, l’opprobre sociale serait si dévastatrice pour ma famille élargie, que la souffrance ainsi créée aux miens serait supérieure à celle dont je me délivrerais pour moi-même. Impossible dilemne ! Cette parole du Petit Prince me sert de réverbère dans ces nuits profondes : « on est responsable de ceux qu’on apprivoise ». Si l’honneur et la fidélité sont des vertus dépassées dans ces temps dissolus que nous traversons, elles sont pour moi des régles de vie incontournables.
Si je n’ai pas choisi d’être dans cette mauvaise enveloppe, et puisque je ne vis pas à Québec, Montréal ou Toronto où je profiterais de la fortune de l’anonymat, j’ai par contre choisi, en être sensé, de vivre le moins pire des deux mondes dans le bled où je suis né. Ici, la question est simplement mathématique. J’écris et je crée avec ma main droite, alors j’accepte de brûler la gauche... ce qui n’est pas moins douloureux.
Ma manière de concevoir les individus et l’environnement humain avec lequel chacun de nous doit négocier sa vie, me porte à croire également que nous avons tous deux visages : celui avec lequel nous négocions avec les autres, et celui avec lequel nous négocions avec nous mêmes, ce qu’il convient d’appeler notre jardin secret. Je suis d’avis que l’esprit de l’un ne contrevient pas à la nature de l’autre, à la condition d’être fidèle aux deux. Dans le premier cas, la sentence viendrait du regard de l’autre ; dans le second, elle viendrait de moi et je ne serais pas tendre. Difficile dilemne n’est-ce pas.
Vous parlez de suicide. J’en suis du reste sortie vivante, fort heureusement. C’était un matin d’hiver voilà deux ans. Le ciel poudrait et l’hiver avait absorbé toutes les couleurs qui témoignent de la vie, ne restant plus que les tons de gris, de noir et de blanc. Vous avez déjà vu une carte de Noël sans couleurs ? Il y a un temps dans l’hiver nordique canadien où cela devient possible. C’était à cette heure du rendez-vous. J’avais déjà voulu y arriver en coupant avec un rasoir ce chancre dépareillé que je traîne depuis ma naissance comme un bossue traîne sa bosse, mais je n’ai pas pu. J’aime la vie. Malgré la souffrance je suis heureuse, et je vous avoue que l’Éternité me semblerait bien longue sans l’entreprendre par le bon bout, sans un dernier mot d’amour de ma complice. Ce matin là, monochrome entre tous, je n’en pouvais définitivement plus et j’avais décidé de régler l’imbroglio. Je pleurais si fort que, dans ma détresse, j’ai réveillé mon fils qui loge au sous-sol (un adulte handicapé qui a besoin de nous). Il m’a découvert ainsi, nue et en position fétale, et il m’a dit, tout hébété : papa, je t’aime comme tu es ; ne pleure pas ; maman va arriver pour dîner et on va tout régler. Sa souffrance aurait été pire que la mienne et je me suis dit que je n’avais pas le droit. Et puis, le soir tombant, ma grande soeur est venue causer, mon ami qui est médecin m’a téléphoné pour m’assurer de tout son soutien, et nous avons convenu de la méthode la plus appropriée pour soulager ce qui pouvait l’être, entendons l’hormonothérapie dont j’ai pu à la fois apprécier tous les avantages psychologiques, physiologiques et émotionnelles...
Alors, les hormones aidant à me sentir moi-même (vous n’avez pas idée à quel point cela est important), je continue, comme une Aurore Boréale, à courrir dans mon ciel de glace. Et je tâche de voir le positif dans le possible que je m’aloue.
Bonjour chère Aurore Boréale et merci de nous partager cette part de votre vie. Je me sens émue aux larmes en vous lisant.
J’entends bien que le fait de ne pas avoir affirmé publiquement votre vrai visage est terriblement douloureux. J’entends bien aussi que le fait de ne pas avoir restauré votre corps ne l’est pas beaucoup moins. J’entends qu’en arriver à faire vous même ce que des chirurgiens canadiens (les Dr. Menard et Brassard) font très bien est le signe de toute votre détresse. J’entends bien aussi combien le fait de pouvoir bénéficier d’un traitement hormonal est important. C’est une expérience extraordinaire que de sentir son corps changer insensiblement et de sentir sa sensibilité se dégeler !
Il va de soi que vous et vous seule savez ce qui est juste pour vous et ce que vous êtes prête à entreprendre. J’aimerais cependant vous inviter à examiner quelques pages du site de Lynn Conway , site que j’ai le bonheur de traduire en français. Il comporte entre autres des pages de témoignages de femmes qui ont réussi leur transition , une page concernant l’âge auquel on peut entreprendre une transition , une autre page concernant les chirurgies du visage .
Par ces quelques pages, j’aimerais vous dire qu’il est aujourd’hui possible de réussir pleinement une transition, que même des personnes publiques comme les proffesseur-e-s Joan E. Rougharden et Ben Barres l’ont réussi. Certaines personnes, comme Deidre Mc Closkey ou Leandra Vicci ont réussi une transition au delà de la cinquantaine. Et il existe aussi les moyens de réduire, au moins sur le visage, les effets d’une exposition bien trop longue aux effets de la testostérone.
Une fois encore, c’est vous et vous seule qui savez ce qui est juste pour vous. Mais j’aimerais juste vous inviter à considérer le parcours de vie de quelques personnes qui témoignent tout au long de leurs jours du fait que, si elles ont un jardin secret, elles n’ont pas deux visages pour autant. Pour certaines d’entre elles, les mots "honneur et fidélité" ont aussi un sens. Mais c’est justement ce sens qui les a poussé à affirmer leur vrai visage publiquement. Pour ces personnes, ne pas le faire, c’était priver elles-mêmes, leurs proches, et toute la société du meilleur d’elles-mêmes, qui est ce qu’elles ont de meilleur à offrir au monde. Et pourquoi ne pas montrer ces pages à vos proches ? cela peut contribuer à les rassurer.
J’entends que vous êtes très entourée de vos proches, mais que malgré tout la vie est douloureuse. Je souhaite juste vous rendre attentive au fait que, même à votre âge, plusieurs options sont possibles. Mais, bien sûr, c’est vous qui savez ce qui est juste pour vous.
Marie-Noëlle Baechler
À la fois si près et si loin des possibles, l’impossible domine ! Main droite ou main gauche ? Comme Christophe Colomb, il faudrait alors que je brûle mes bateaux pour ne pas être contraint de reculer. Et dans un de ces bateaux de ma vie, je risquerais d’y laisser ma douce, la partie qui m’est impossible. La contradiction entre l’image publique et la réalité intrinsèque est si grande dans mon cas que ça casserait de partout.
J’ose à peine regarder ces photos de transitions réussies. Ces gens sont magnifiquement épanouis. Cela me trouble et me replonge dans le malheur. Bien sûr que je les envies. Mais la marge est si ténue entre la félicité et le drame qu’on se confond dans le tourbillon et on se demande si on nage vers le bas ou vers le haut pour trouver la sortie. Le parcours est kafkaïen.
Permettez que je m’arrête là pour aujourd’hui, je suis troublé...
Comme une Aurore Boréale
Bonsoir Aurore Boréale,
Je comprends bien votre trouble et rien ne vous oblige à continuer.
Une des différences entre les transitions précoces et celles qui se font à l’âge mûr, c’est qu’il est infiniment plus facile de disparaitre et de recommencer sa vie à zéro au début de ses études ou quand on vient de diplômer que quand on est intégré dans de très nombreux réseaux sociaux. Il faut alors faire face au regard d’un grand nombre de personnes. Il faut aussi faire face au changement de ce regard, au fur et à mesure que nous changeons. Quand on est un personnage public, il faut faire face à bien plus de regards encore, et c’est un fait que tous ne sont pas respectueux. Mais certaines personnes ont fait le pas et elles ont réussi.
Ce serait malhonnête de dire que d’entreprendre une transition est sans risque. En fait, ils sont très nombreux. C’est une des raisons qui fait que nombre de personnes s’y lancent au bord du suicide, comme une tentative désespérée, sachant qu’après tout, si cela ne marche pas, elles peuvent toujours se suicider.
Ce serait aussi très malhonnête de vous dire que vous ne risquez pas votre relation de couple alors que tant de couples éclatent quand l’un-e des deux membres entreprend une transition. Mais il est aussi des couples qui résistent et qui en sortent même renforcés. Je ne peux bien sûr pas dire ce qu’il en serait du vôtre. Mais le risque est aussi que cela réussisse.
Et il semble qu’il n’y ait pas d’urgence pour vous à vous lancer dans cette entreprise. cela vous donne du temps pour réfléchir, pour vous interroger à nouveau sur ce qui est juste pour vous. Peut-être devriez-vous songer à inviter votre compagne à participer à cette réflexion. Vous pourriez alors vous interroger à deux. Qu’est-ce que vous en dites ? Elle est si précieuse pour vous. Pourquoi ne pas lui partager votre trouble et votre interrogation ? Et ces témoignages de transitions réussies peuvent aussi être importants pour elle.
Mais, une fois encore, c’est vous qui sentez ce qui est bon pour vous, j’entends votre trouble et rien ne vous oblige à continuer ou à vous lancer dans quelque chose que vous ne voulez pas.
Si vous le voulez, il est aussi possible de continuer cette correspondance par courriel.
Marie-Noëlle Baechler
L’émotion est passée. Ma douce a lu le fil de notre discussion. Nous en avons causé au petit déjeuner. Elle a senti mon malaise et cela l’a peiné. Je ne connais pas de personne au monde si dégagée de la chaîne des préjugés, si aimante, si délicate, si brillante, si généreuse et si courageuse (il n’y a que les anges qui ont cette félicité). Elle n’est pas que ma compagne de toujours, elle... m’ac-compagne depuis toujours. Cest vous dire à quel point ce morceau est énorme dans ma vie. Nous avons construit une famille ensemble ; un petit univers fleuri et bien meublé, pavé d’amour et de respect. On ne réussit ce coup qu’une seul fois dans une vie... quand on le réussit. Et quand on le réussit, on est en mesure d’en apprécier toute la richesse.
Cela dit, j’ai lu ce fil où il y a cette transexuée catastrophée qui vous appelle à l’aide et qui se désole d’avoir « raté sa transition » !!! De fil en aiguille, je me suis ensuite rendue sur son site afin de comprendre ce qui lui arrive. On se comprend à travers les autres. Et son insatisfaction m’a permis d’en recoler un bout du mien. Son parcours de transexuée est presque sans défaillance : elle est jolie, elle a fait des conquête selon ses choix, elle sait jouir en femme et, surtout, elle travaille femme et se confond en femme dans la foule, l’ultime défi des gens qui souffrent de dysphorie de genre. Peut-on imaginer une plus grande réussite à ce chapitre ? De prime abord : Non ! Elle a récupéré chacun des morcaux que la nature lui a dérobée à sa naissance. Tous les morceaux, y compris l’identité de genre puisqu’elle est femme depuis toujours.
Elle a tout eu cette enfant, mais il n’empêche qu’elle n’a toujours pas trouvé sa paix. Même qu’elle est maintenant en crise si je décode bien la vigueur de son appel à l’aide. Je vous avoue que cela m’interpèle. Cela me fait comprendre davantage que la rétribution de sexe, d’un point de vue chirurgical et hormonal n’est qu’une partie de deux, la première étant évidemment le travail qu’on fait sur soi (je ne parle pas de morale mais de l’Être) et notre propension à bien mesurer ce qui, au fin fond de cette histoire, ne saurait être parfait. J’en suis rendue là dans ma transition, car je comprends que je suis bel et bien en transition, une transition que j’oserais qualifier de raisonnée, de peaufinée avec l’âge qui, comme nous le savons si bien, impose la retenue et la modération.
Vous m’avez offert de poursuivre la discussion de manière plus intime, par courriel. Cela pourrait me convenir, car j’ai besoin de causer, de comprendre, d’avancer. Permettez que j’y réfléchisse. Avez-vous une adresse courriel à me fournir et un moyen de me la communiquer sans devoir rompre votre tranquillité ? Vous comprenez que je ne tiens pas à mettre la mienne sur votre fil. Cela m’obligerait à m’identifier sur la toile et je n’y tiens pas du tout.
Une dernière question avant de vous souhaiter bonne nuit : où vivez-vous ? Votre accent littéraire ( !) et votre tolérance ont tout du québécois.
Cette rencontre fut un bonheur ! Merci de m’avoir consacré votre temps. Être à l’écoute est un don que vous avez. Félicitations. En tout temps, il faut savoir penser printemps. Je vous souhaite bonne nuit.
Aurore Boréale
Bonjour Aurore Boréale,
Quel bonheur de savoir que votre recherche vous a permis ce dialogue avec votre compagne ! Même si j’ai rencontré la mienne bien plus récemment que la vôtre, je sais d’expérience qu’il y a des rencontres essentielles qui changent une vie en profondeur !
Je suis très touchée de votre reflet au sujet de mon écriture. Je ne crois pas avoir quoi que ce soit d’une littéraire, mais peut-être que je me trompe.
Si cela vous intéresse toujours, il y a une page de mon site qui contient mes coordonnées complètes, y compris une adresse pour le courriel. Cette page vous indiquera que je vis bien loin de Laurentides, du lac Saint Jean ou du Saint Laurent, que je n’ai pas encore eu le plaisir de visiter. Je vis sur les rives du Lac Léman dans la lointaine et toute petite Helvétie. Certaines fins de semaine, il m’arrive aussi de me retrouver dans la portion du jura qui borde le lac de Neuchâtel. J’ai entendu dire que le Jura et les Laurentides n’étaient pas si différents que cela.
La transition est une entreprise complexe, qui comporte plusieurs volets et de nombreux pièges. En même temps qu’elle résulte d’un mouvement du coeur et de l’intuition, elle nécessite de la planification afin d’éviter les pièges les plus graves. Les plus importants concernent l’ordonnancement de l’entrainement vocal, l’épilation électrique de son visage, de son traitement hormonal et du début de ce que l’on appelle "l’expérience de la vraie vie" (de l’anglais "Real Life Experience", RLE). L’entrainement vocal est très long et difficile, il doit être commencé très rapidement. L’épilation électrique du visage est elle aussi très lente. C’est essentiel de la commencer très vite afin de ne pas se trouver dans des situations gênantes au moment de commencer cette "expérience 24H/24, 7J/7. Une fois qu’un traitement hormonal commence, l’horloge tourne. Suivant les personnes et les dosages, il faut compter entre 3 et 9 mois avant que les effets ne puissent plus être dissimulés. C’est souvent le moment où les personnes entreprennent leur "real life experience". Afin d’éviter les situations gênantes, il est nécessaire de commencer l’épilation électrique de son visage au moins 3 mois avant le début de son traitement hormonal. Ce sont les principaux pièges pratiques d’une transition. Si cela vous intéresse, j’ai rédigé un article à ce sujet . Le site de Lynn en parle aussi largement.
Mais les démarches pratiques ne sont en effet qu’une des dimensions d’une transition. Une autre dimension consiste à enlever progressivement le masque que l’on a du porter pendant tant d’année, à réexplorer en profondeur la personne que l’on est vraiment, à oser l’exprimer et l’affirmer paisiblement comme une évidence face aux autres. Ce chemin est absolument essentiel et, comme vous le dites, il touche l’être. Beaucoup trop de personnes le négligent ou n’ont pas l’accompagnement nécessaire.
Trouver la paix est aussi une question essentielle. Pour de nombreuses personnes, il n’est pas simple d’intégrer le fait qu’elles ont été forcées de vivre dans un corps déformé au point de les défigurer complètement. Quand on n’a pas pu faire une transition précoce, il faut aussi intégrer le fait d’avoir dû vivre ainsi pendant des années ou des décennies. Il faut faire face aux réactions diverses de son entourage, alors que l’on ne fait qu’exprimer son vrai visage et qu’on n’a rien fait pour mériter le rejet. Cela n’est pas simple et nécessite aussi un cheminement intérieur qui peut être long et très profond.
Mais toutes ces composantes d’un cheminement sont différentes pour chaque personne. Le mieux est peut-être d’aborder ces questions par courriel, pour autant que vous le souhaitiez.
Pour moi aussi, faire votre découverte est un magnifique cadeau de Noël et je suis très heureuse de pouvoir faire un bout de chemin avec vous.
Meilleures salutations
Marie-Noëlle Baechler
Bonjour,
Merci beaucoup de votre message particulièrement poignant et désolée de ne pas avoir pu vous répondre plus vite.
Vous vous découvrez une identité masculine malgré un corps féminin. Vous avez quinze ans, à un moment où la puberté est encore plus douloureuse pour vous. Vous vous sentez totalement rejeté par vos parents, vos proches et par la société. Vous vous sentez absolument seul et totalement désespéré. La vie devient absolument insupportable pour vous.
Votre désarroi et votre désespoir résonne en moi avec beaucoup de force. Il résonne d’autant plus fort que je n’ai pas les moyens de transformer ni votre quotidien, ni votre entourage ni la société dans laquelle vous vivez. J’aimerais tellement changer tout cela en un instant ! Mais je n’en n’ai pas le pouvoir et c’est particulièrement douloureux.
La seule petite piste que je peux vous proposer est que je connais des personnes d’origine irannienne qui ont une identité du même genre que vous et qui ont achevé complètement ce qu’on appelle leur transition. Mais ces personnes vivent en suisse, pas en Iran. Ceci signifie qu’ils sont passés par l’immigration, par une naturalisation, par les études nécessaires pour avoir un travail très bien payé pour financer les meilleurs traitements. Ce fut très long, très dur, mais ils y sont arrivés. De loin, cela peut ressembler à la traversée à pied de tout l’himalaya. Mais ces personnes y sont arrivées. Pour certains d’entre eux, cela signifie en particulier qu’ils ne reverront plus jamais leurs pays d’origine et leurs proches. Effectuer une transition, c’est parfois affirmer son identité à la face du monde, que cela lui plaise ou non.
A quinze ans, je sais combien une telle perspective peut être désespérante et j’aimerais tellement pouvoir vous proposer un chemin plus facile ! Mais je ne le connais pas. Tout ce que je peux vous proposer en cet instant, c’est d’avancer pas à pas malgré la désespérance, de serrer les dents, d’étudier très fort des branches qui faciliteront votre recherche d’emploi dans un lieu plus tolérant et plus respectueux. Je sais combien tout cela peut paraître loin, irréel, sans substance par rapport à votre douleur immédiate ! Mais tout ce que je peux ajouter à cela, c’est que d’autres ont survécu et ont traversé le chemin. Je vous souhaite du plus profond de mon coeur d’y arriver aussi.