En ces temps où le PACS se généralise dans les pays occidentaux et où même les questions de mariage, d’homoparentalité et d’adoption sont abordées de manière de plus en plus pragmatique et respectueuse, on pourrait imaginer que l’homophobie et la transphobie sont en train de s’estomper doucement. Hélas, il n’en n’est rien.
Ces derniers mois, les agressions à l’encontre des personnes de la mouvance LGBTI ont plutôt eu tendance à s’accroître et parfois fortement. En France, des associations ont décidé de créer une cellule de crise pour observer la situation [1]. Un rapport d’Ammnesty International [2] concernant les agressions provenant des membres des forces de l’ordre aux Etats-Unis démontrent que la situation est loin de se calmer. Ce printemps, l’ILGA a fait un constat semblable. Les procès engagés à la suite de ces violences font également apparaître de nouveaux phénomènes, On constate que, même face à une cour de justice, les agresseurs ne font preuve d’aucun repentir et considère leurs actes comme parfaitement légitimes, et les personnes LGBTI comme des "cibles légitimes". Il vont même jusqu’à accuser leurs victimes d’avoir provoqué leur violence en raison même de leur différence. Un récent procès à Marseille, suite à l’agression d’un Gay en est une bonne illustration [3]. Aux Etats-Unis, ce genre de tactique a maintenant un nom, "gay panic", et les avocats et les collaborateurs des ministères publics unissent leur forces pour voir comment y faire face [4].
Selon différentes sources d’information sur le web, il semble également qu’il y ait un surcroît d’activité de la part des fondamentalistes de tout bord. Ces derniers essaient d’articuler leur action selon plusieurs axes. Il y a d’une part l’offensive "ex-gay" qui prétend que "les gays peuvent être guéris de leur perversion" [5]. Il y aussi une lutte contre les mouvements qui essaient d’établir une défense des droits humains des personnes de la mouvance LGBTI. Ces derniers osent prétendre que "la protection des droits humains des personnes de la mouvance LGBTI est une atteinte à leur liberté d’expression et à leurs propres droits" [6].
Même si la réaction face à ce type de mouvement est de plus en plus organisée [7], les personnes de la mouvance LGBTI sont susceptibles de se trouver dans des situations très conflictuelles non seulement quand elles ont eu le malheur additionnel de naître dans une famille fondamentaliste, mais aussi dans le cas où elles se retrouvent confrontées à de pareils comportements dans le cadre dans leurs études, dans le cadre professionnel, ou associatif ou avec la famille d’un-e éventuel-le partenaire.
Face à des personnes qui non seulement prétendent détenir à elles-seules la vérité et qui affirment en plus leur volonté de vous l’imposer de gré ou de force, assumer son vrai visage est certainement un acte d’affirmation de soi très ferme. Face à des personnes qui ne connaissent pas de limite et qui sont prêtes à entrer dans un rapport de forces, il est hélas probable qu’un conflit, parfois très vif sera inévitable. En Suisse, il semble que le fait que le PACS ait été adopté en votation populaire a fortement réduit la légitimité de l’action de ces milieux auprès de l’opinion publique. Mais il n’en va pas nécessairement de même dans d’autres pays occidentaux.
Nombre de personnes de la mouvance LGBTI ont d’autant plus de mal à réagir efficacement aux offensives des fondamentalistes qu’elles reposent sur une pratique de maltraitance très classique et qu’elles l’ont subies, souvent très durement, depuis leur plus tendre enfance. Cette pratique consiste à s’emparer de leur vie, à s’ériger en autorité absolue, à exiger une soumission absolue, à prétendre savoir à la place de l’autre ce qui est juste et bon pour sa vie et à le dévaloriser ce qu’il a de plus précieux en lui, son vrai visage, afin de le rendre dépendant affectivement du jugement de celui qui s’érige en autorité. Ce genre de prise de pouvoir semble littéralement "vieux comme Hérode" et la religion est utilisée pour le légitimer depuis de nombreux siècles. Les personnes qui sont dans ce genre de comportement abusif et maltraitant sont susceptibles d’être très violentes. Il n’est pas rare que, quand des enfants révèlent leur différence à ce genre de parent, ils s’entendent dire "j’aurais préféré te voir mort-e !". Il arrive que des parents abusifs passent à l’acte, même face à des enfants devenus adultes.
Des personnes nées dans des familles de ce genre peuvent se retrouver très fragiles à des comportements de cette sorte, et risquent de vouloir convaincre leurs adversaires de la légitimité de leur point de vue, tout comme elles attendent de leurs parents qu’ils reconnaissent enfin leurs erreurs et qu’ils reconnaissent enfin ce qu’ils ont de plus précieux en elles. Dans un cas comme dans l’autre cette attente est vaine et les personnes abusives sont susceptibles de s’appuyer dessus pour asseoir leur emprise sur la personne.
Dans un cas comme dans l’autre, il est essentiel pour la personne qui se trouve confrontée à cette situation, d’intégrer profondément qu’elle n’a rien à attendre de personnes qui se comportent de la sorte. Il lui faut comprendre qu’elle se trouve face à des personnes gravement abusives, mues par des préjugés homophobes et transphobes, qu’il est essentiel qu’elle dénonce et récuse leurs manoeuvres et leur système de référence. Il est aussi essentiel qu’elle comprenne que, si elle se trouve face à des personnes prêtes à entrer dans un rapport de force, elle a parfaitement le droit de prendre toutes les mesures nécessaires à sa défense, quitte à se faire accuser d’être "méchante", "dure", "agressive", etc. Et que ce genre d’accusation fait, là encore, partie des manoeuvres de ses agresseurs afin de prendre le pouvoir sur elle.
Récuser le système de référence des personnes pratiquant ce genre d’abus peut signifier récuser purement et simplement le système de référence des fondamentalistes. S’ils veulent se référer à la Bible (ou à tout autre texte du même genre), c’est leur problème, mais ca n’est pas votre cas, et vous réagirez avec la plus grande fermeté à leur tentative de vouloir vous imposer leur système de croyance.
Récuser le système de référence de ce genre de personnes abusives peut également signifier dénoncer le fait qu’ils utilisent les textes écrits il y a plusieurs millénaires, par de simples êtres humains dans le but de justifier leur propre homophobie et leur propre transphobie. A ce titre, le fait qu’ils essaient de faire passer leurs préjugés pour un commandement divin est tout à fait typique et c’est une des manipulations classiques des systèmes de maltraitance que Alice Miller définit sous le terme de "pédagogie noire" [8].
Récuser le système de référence de ce genre de personnes abusives, c’est également dénoncer le fait qu’elles utilisent un Dieu censé être aimant et accueillant à des fins de stigmatisation, d’exclusion, de rejet, de condamnation. Comme d’habitude dans ce genre de cas, derrière leurs vérités, on retrouve des objectifs de prise de pouvoir, de domination et d’enfermement des êtres humains dans un système de normes extrêmement rigides destinés à apaiser les immenses insécurités des personnes à l’origine de .la prise de pouvoir.
A l’instar d’une Alice Miller, on pourra constater que les comportements abusifs de nombre de thérapeutes à l’encontre des personne de la mouvance LGBTI sont enracinés dans les mêmes ornières.
Dans certaines situations, Etre prêt à se défendre, cela signifie aussi être prêt à recourir à tous les moyens légitimes, y compris prendre l’initiative. Face à des personnes qui tablent sur votre passivité et votre soumission, déposer plainte et recourir aux médias, etc. peut se révéler très utile.
Nombre de personnes souhaitent simplement vivre leur vie paisiblement et ne voient pas pourquoi s’engager dans des luttes parfois difficiles, alors qu’elles ont déjà eu tant de peine à trouver leur place dans le monde. Une telle réaction est humaine, respectable et compréhensible. Mais, il est aussi important de se rappeler que, de même pour les droits des femmes, la tolérance dont jouissent les personnes de la mouvance LGBTI est encore fragile, que le système de normes qui a servi à justifier leur éradication de la société occidentale est encore très présent et que la lutte pour permettre de faire accepter et percevoir comme une richesse le vrai visage de chaque être humain avec ce qui le rend unique est encore, au minimum, une affaire de générations.
L’auteure de ces lignes a, elle aussi, souhaité vivre simplement sa vie. Mais c’est à la suite du constat que la situation reste difficile dans de nombreux pays européens et à la suite d’attaques de psychiatres qui prennent leurs préjugés et leur incompréhension pour des vérités qu’elle a ressenti le besoin de ne plus se cacher, de ne plus vivre dans la peur, d’affirmer la valeur de sa différence et de celle de toutes les personnes de la mouvance LGBTI afin de ne plus laisser les forces homophobes et transphobes occuper seules le terrain,
[1] Concernant la cellule de Crise des associations LGBTI françaises
http://www.amnestyinternational.be/doc/IMG/pdf/AMR5100106.pdf
[3] Le procès des agresseurs de David Gros
[4] Des réactions concertées face aux défenses de type "gay panic" en justice :
http://www.vrais-visages.net/index.php ?option=com_content&task=view&id=76&Itemid=9
http://www.ebar.com/news/article.php ?sec=news&article=690
[5] Voici quelques exemples de l’offensive des fondamentalistes et de ses théories "ex-gay" : http://www.bethel-fr.com/afficher_texte.php ?id=1054.27
http://www.bethel-fr.com/afficher_texte.php ?id=1052.25
http://www.bethel-fr.com/afficher_info.php ?id=17158.3
[6] Voici quelques exemples d’attaques directes des fondamentalistes contre les mouvements LGBTI :
http://headlines.agapepress.org/archive/5/32006a.asp
http://www.earnedmedia.org/fri0426.htm
http://www.earnedmedia.org/consc0426.htm
http://www.family.org/cforum/fnif/news/a0040363.cfm
[7] Quelques documents concernant les réactions aux attaques de type "ex.gay"
[8] En ce qui concerne la maltraitance dans l’éducation, son utilisation dans la société et la "pédagogie noire", on consultera les ouvrages de la psychothérapeute Alice Miller. Les ouvrages "c’est pour ton bien" et "l’enfant sous terreur" sont ceux dans lesquels elle a introduit ce terme et décrit ce qu’il recouvre.
Bonjour et merci pour cet article.
Etant chrétienne (catholique plutôt ouverte et libérale quant à la doctrine de la foi) moi-même et amie avec de nombreux fondamentalistes chrétiens (j’assume mes amitiés) et assumant pleinement ma condition de transsexuelle, sans m’en cacher plus que cela, et certainement pas sur Internet, je vais, au risque de vous répéter, faire part de mon expérience concernant l’argumentation envers les chrétiens de tout courant.
Comment en parler aux autres ?
Chez moi, ça a été plus facile car ma communauté chrétienne est surtout basée sur IRC ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Internet_Relay_Chat ) mais je pense que cela peut s’adapter au « vrai monde ». J’ai commencé par changer de surnom, passant de mon prénom masculin à celui, féminin, que j’ai adopté quand j’ai décidé d’agir.
J’en ai parlé (plutôt) longtemps avec l’un de mes bons amis fondamentalistes (de la plus pure tradition évangélique Lutherane), plutôt anti-homo, anti-hors-normes-sexuelles, anti-féministe, etc. Doctrinalement, certes, il se sent contraint de désapprouver (et doctrinalement, avec une interprétation basique des textes il a raison : « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point le royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n’hériteront le royaume de Dieu. »
Etant génétiquement parlant un garçon, il avait raison doctrinalement d’être perplexe. Toutefois, l’argumentaire suivant est bien construit, et m’a permis de débloquer la situation.
Premièrement : non, je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne, fraternelle et aimante, j’assume juste mon identité
Deuxièmement : si on est capable d’apporter un amour inconditionnel aux meurtriers, aux ennemis de notre foi, aux menteurs et aux violents, à ceux qui nient Dieu, pourquoi doit-on haïr ou déconsidérer ceux qui assument leur différence, leur situation de transsexualisme, d’anysexualité, ou autre ?
Troisièmement : peut-on comparer quelque chose qui relève d’une condition humaine non décidée, imposée dirais-je par la nature, a un acte délibéré ou pour lequel on peut être considéré fautif (être un ivrogne ou un voleur) ? Evidemment non. Est-ce que ce sur quoi on n’a aucun contrôle est péché ? La réponse est toujours « non », cela coule de source. De plus, selon les chrétiens, « si quelqu’un veut suivre [Jésus], qu’il ou elle prenne sa croix et avance ». On a tous des « croix » à soulever, plus ou moins difficiles et lourdes, et toutes différentes. Certains naissent avec des penchants, d’autres naissent déjà handicapés, d’autres encore ont un milieu social difficile, et d’autres, enfin, naissent dans un corps qui ne sied pas à ce qu’ils sont profondément. Aucune de ces personnes n’est responsable de sa situation.
Quatrièmement : Il s’agit de faire la distinction entre identité de genre (mot volé ici et ailleurs, mot réutilisé par moi :)) et sexualité. Certains pensent que les transsexuel(le)s sont des personnes obsédées par leur sexe et par le sexe. C’est un stéréotype douloureux, fondé sur l’image caricaturale des travesti(e)s de cabaret et des trottoirs (les gens ne comprenant pas ce qu’est le transsexualisme pour la plupart, ils l’assimilent au travestisme, et de là il est aisé de tomber dans l’erreur et l’image perverse). Si on éclaircit bien ce que signifie être transsexuel(le), un pas est déjà fait. Celà n’a rien à voir avec une quelconque déviance sexuelle (si tant est que l’on puisse être juge de ce qui est straight et de ce qui est déviant) mais a trait à la personnalité.
« Men are men, you need to pray about it » m’a-t’on dit. Mais, qu’est-ce qui définit la masculinité ou la féminité ? L’exposition de l’existence de personnes intersexuées (mot encore emprunté ici, moi-même ayant découvert l’existence d’une telle condition assez récemment) permet de démontrer que l’apparence extérieure ou les gènes n’ont rien à voir avec la définition du genre. Il en va de même de l’éducation qui, on l’admettra, ne peut convenir à définir un genre, étant inculquée selon l’apparence extérieure de la personne (mes amis sont plutôt enclins à la philosophie et à la logique, il en va de même pour beaucoup de croyants intellectuels et fondamentalistes selon mon expérience, et donc apprécient la logique). C’est un ressenti intérieur et une conviction profonde qui définit le genre (selon mon ressenti ;)). Toutefois, on peut rétorquer que ce n’est pas parce qu’une personne est convaincue d’être Napoléon qu’elle l’est. Avez-vous des éléments de réponse a ce sujet ? J’avoue qu’ici je me retrouve bloquée dans le raisonnement.
En tout cas, pour tous ceux et toutes celles qui rencontrent des difficultés face à un fondamentalisme religieux, restez vous-même et rappelez à vos fondamentalistes que l’amour est ce qui prime sur tout le reste. C’est ainsi que je ne me suis pas faite bannir. C’est ainsi que mes amis ont pu m’accepter et ont appris.
Toujours votre dévouée
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Bonsoir et merci beaucoup de ce partage. J’espère qu’il aidera d’autres personnes qui ont très peur du rejet de leur groupe religieux.
Peut-être pourriez vous répondre à vos amis qu’on juge un arbre à ses fruits et que si votre vie de femme est féconde, où est le problème ?
Mais seules des personnes qui ne sont pas trop enfermées dans un système de règles rigides et arbitraires, qui ne sont pas complètement coupées de leur dimension affective et qui ne sont pas trop insécurisées par le fait que vous assumiez votre identité pourront vous entendre.
Par ailleurs, s’il ne suffit pas de croire être Napoléon pour l’être, la répartition binaire, stéréotypée et fixiste des êtres humains en hommes et en femmes que pratiquent les fondamentalistes de tous bords est complètement arbitraire et n’a rien de naturel. C’est une des nombreuses choses qu’ils ont une immense peine à comprendre.
J’admire votre patience et la créativité dont vous faites preuve pour expliquer votre expérience.
On fait ce qu’on a à faire. Certes, on juge un arbre à ses fruits, mais certains sont plus prompts à juger et condamner que d’autres. Le problème des fondamentalistes, c’est que beaucoup sont plus légalistes que sensibles, et mettent leur sensibilité de côté pour nous assener ou la Bible ou le Coran à leur façon. Condamnation sur condamnation, ils sortiront tous les versets qu’ils peuvent pour démontrer que l’on a tort. Les condamnations de Lévitique quant au fait pour un homme de porter des vêtements de femmes (et vice versa), les Corinthiens que je citais plus haut, tout est là dans les livres pour apporter une vision normative et normalisante de la société.
Pour beaucoup (trop) de fondamentalistes, la séparation n’est pas faite entre ce qui est politique, historique, etc. et religieux dans les livres. C’est la source de maints et maints problèmes.
Je vais me répeter, certes. L’essentiel, quand on est impliqué dans une communauté religieuse et qu’on fait face à l’incompréhension, la haine, la condamnation, c’est d’être sûr(e) de soi et patient(e) dans l’explication. Et puis... si l’on veut avoir une religion, c’est avant tout de l’ordre du personnel. On utilise un Dieu d’amour et de patience, de compassion, pour condamner son prochain. Ceci n’est pas très pertinent. De là à qualifier Dieu de démiurge bon avec ses serviteurs et terrible envers le reste du monde, il n’y a qu’un pas, et certains l’ont malheureusement franchi.