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Pourquoi un rejet aussi violent ?

Publié le dimanche 13 août 2006.


Présentation des causes culturelles du rejet des personnes différentes

(1) introduction

Les personnes différentes, qu’elles soient homosexuelles, bisexuelles, transsexuelles, transgenres ou intersexuées ont, pendant des siècles, fait l’objet d’un rejet très violent en occident. Nombre d’entre elles risquaient la mort du simple fait de leur existence.

Durant les dernières décennies, suite à des luttes très intenses, la situation a évolué. L’homosexualité est maintenant suffisamment tolérée dans les pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord pour que nombre de pays disposent sous une forme ou une autre d’un partenariat enregistré qui permet aux couples homosexuels de disposer des principaux droits des couples mariés. Le droit à l’adoption, lui, reste le plus souvent encore exclu.

Mais tout comme pour ce qui concerne les droits des femmes, ces avancées sont fragiles et elles demandent à être constamment défendues. Les attaques contre les partenariats enregistrés, contre les lois anti-discrimination et les difficultés que rencontrent les personnes homosexuelles (sans parler des autres) dans les ex pays de l’Est maintenant intégrés dans l’Union européenne sont là pour nous le rappeler.

Sur le plan affectif, l’insécurité intérieure de nombreuses personnes, le fait qu’il leur soit insupportable de voir que d’autres personnes ne vivent pas selon les normes dans lesquelles elles se sont vues contraintes de vivre explique en bonne partie le rejet, la stigmatisation dont sont victimes les personnes qui sont en dehors des normes traditionnelles en matière de genre.

Mais ce rejet a également des bases idéologiques très anciennes, que l’on regroupe sous le terme de patriarcat. La plupart des gens réduisent ce terme à l’oppression des femmes par les hommes, ce qui en est en effet une des composantes essentielles. Mais il a encore d’autres dimensions et il est important de les présenter toutes.

(2)L’idéologie patriarcale

Cette idéologie édicte les régles suivantes :

(3) Racines historiques

Il n’y a pas de doute que ce système se fonde sur la peur, voire la terreur des femmes. Mais ceci n’explique pas que cette peur ait pris une telle ampleur dans notre société.

Les racines de ces croyances archaïques sont très anciennes. Elles sont nées dans l’antiquité et elles se sont répandues sur une large partie de la terre. Mais elles ne sont pour autant pas universelles. Des sociétés en dehors des grandes religions ont établi des sociétés à trois voire quatre genres et ne ressentent aucune peur face aux personnes intersexuées. Certaines ont attribué un rôle sacré et reconnu, celui de chaman, aux personnes de ces autres genres. D’autres sociétés avec un système de genres binaire, comme la société indienne, ont admis qu’il existait des situations plus complexes et ont institué la caste des Hijras. Mais cela n’a pas été le cas dans les sociétés monothéistes.

Même aujourd’hui, les bandes d’adolescent-es ont des normes de comportement et d’habillement très rigides. Les enfants qui ne les respectent pas s’en voient exclues, et risquent souvent de subir des violences. Chez les garçons, ce sont ces bandes qui les poussent à adopter des comportements dominants, même violents face aux femmes, à dénier et à refouler tous leurs sentiments, à abdiquer leur autonomie et leur conscience pour se soumettre à l’autorité du groupe, etc. Sans même le savoir, ils transmettent de la sorte, le système de normes du patriarcat [2].

Les grandes religions ont largement été utilisées, voire même instituées dans le but d’imposer cet ordre et d’en faire peser le poids sur tous les êtres humains sans aucun échappatoire. C’est, par exemple au nom de ces religions et des normes patriarcales que les colons qui se sont installés en Amérique du Nord on massacré systématiquement les berdaches qu’ils rencontraient dans les tribus indiennes. C’est au nom de ces mêmes religions que les femmes ont été mises en esclavage par les hommes [1].

Cette idéologie a été érigée en un principe quasi divin, en une soi-disant loi naturelle qui serait censée gouverner le monde. Il n’en n’est bien sûr rien, mais cela permet aux dominants de faire croire que l’ordre qu’ils impose est légitime. Et ce système est si répandu qu’un grand nombre de personnes ne se rendent pas compte qu’elles vivent corsetées dans un système de croyances et de normes qui n’a rien de naturel ni d’inévitable.

(4) Impacts

Dans cet univers, les personnes intersexuées, qui remettent en cause cette idéologie sont vues comme le signe du diable. Tout est fait pour les faire disparaître. On doit absolument leur attribuer un genre. Dans certains cas, il est toléré qu’elle puissent en changer à la fin de l’adolescence [3], mais cela doit se passer très formellement, devant un tribunal, en présence des médecins, des chirurgiens et de l’évêque du lieu. Quat aux personnes complètement hermaphrodites, elles avaient l’obligation de choisir un genre et de s’y tenir sous peine de mort.

Affirmer que les enfants portent le mal en eux et qu’ils doivent une soumission absolue à leurs parents est aussi très pratique pour légitimer la pratique des adultes qui les utilisent comme "poubelles émotionnelles", pour compenser et combler leurs manques affectifs. L’ordre de soumission absolue, le "tu respectera ton père et ta mère" empêchent toute prise de conscience et organisent la société toute entière autour de ce tabou [5].

Ce dernier explique aussi que, là encore à l’échelle soicétaire, tout soit fait pour couper les individus de leur affectivité. Sans cela il pourraient se rendre compte de quelque chose. L’école joue une part très importante dans ce processus.

Hommes et femmes se sont de tout temps révoltés contre cet ordre, le plus souvent au péril de leur vie [4] . Nombre de femmes ont été condamnées à mort pour se vêtir et se comporter en homme. Cela ne les a pas empêchées de le faire [3]. Les cas de femmes qui se sont habillées en homme, sont devenues soldats, marins, aventurières, pirates, etc. sont nombreux et certains sont bien documentés [4]. Il y a bien sûr eu des hommes qui ont fait le chemin inverse. Il semble aussi que, pendant des siècles, nombre de ces personnes aient trouvé un exutoire dans le théâtre, alors qu’il était interdit aux femmes de jouer. Le nombre de cas documentés de personne prenant un rôle féminin augmente justement au moment où les troupes se mettent à compter des femmes dans leur rang.

Il est très difficiles de déterminer les motivations de personnes qui sont maintenant mortes et qui ne disposaient pas du vocabulaire que nous avons créé au 20ème siècle pour décrire les personnes, les comportements, les motivations qui sortent du système patriarcal. Il ne nous est, de ce fait, pas possible de savoir qui était "simplement" fortement féministe (et ne supportait pas l’oppression subie par les femmes), qui était homosexuel-le, transsexuel-le, transgenre, ou qui cherchait simplement à disposer d’un peu plus de sécurité matérielle et sociale. Nous pouvons tout au plus poser des hypothèses plus ou moins étayées. Tout ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est qu’il fallait des personnes exceptionnellement fortes et motivées pour oser transgresser un système aussi répressif et aussi pesant.

(5) Pour les personnes LGBTI

Aujourd’hui, les personnes qui ne correspondent pas aux stéréotypes patriacaux en matière de genre font face à une opposition qui a des racines idéologiques très archaïques et qui a pesé de tout son poids pendant au moins deux millénaires sur toute la société. C’est au nom de cette idéologie que les médecins se sont mis à corriger arbitrairement les nouveaux nés intersexués, que les fondamentalistes religieux, les psychiatres et les psychanalystes s’opposent de toutes leurs forces à une prise en charge respectueuse et adaptée des personnes transsexuelles et transgenres, quitte à sacrifier des personnes à la préservation de leurs préjugés. C’est toujours au nom de la même idéologie que les personnes homosexuelles et bisexuelles sont discriminées dans la société et que les femmes homosexuelles, qui s’inscrivent totalement en dehors de cette norme archaïque risquent tout particulièrement des représailles de la part de certains hommes qui n’ont de cesse de leur faire savoir "qui commande ici".

Les personnes aidantes, quel que soit leur formation, sont prises dans le même système. Les personnes qui sont hors normes ont, de ce fait, beaucoup de peine, à trouver une aide adaptée et respectueuse. Bien trop souvent, la relation thérapeutique devient un pugilat entre un thérapeute incapable de faire abstraction de ses préjugés, voire franchement homophobe et/ou transphobe et un-e client-e qui se trouve sans cesse en situation de devoir cadrer fermement la personne qui est censée l’aider. Quand ledit client n’a pas l’assise intérieure pour le faire, ce dernier se voir enfoncé encore plus la tête sous l’eau par la personne qui était censé l’aider et qui se prétend un-e professionnel-le de la relation d’aide. Mais même quand la personne est solide, on ne peut plus dire qu’une relation de ce style a encore quelque chose à voir avec une relation d’aide.

Il est naturel que des personnes qui se retrouvent sans cesse en face d’un tel comportement deviennent extrêmement méfiantes face aux professionnels de la relation d’aide et ne recourent à leur service que quand elles ont la preuve qu’elles se trouvent face à une personne réellement respectueuse de qui elles sont, ce qui est rarement le cas.

(6) Quelques références

Les quelques références qui figurent ci-dessous sont loin d’être exhaustives. Elles vous permettront néanmoins de creuser certains des aspects de cette question.



[1] Guy Bechtel,
    Les quatre femmes de dieu
    Éditeur : Omnibus (24 février 2000)
    ISBN : 2259192513

Cet ouvrage documente la manière dont le christianisme a été utilisé par les hommes pour mettre les femmes en esclavage. Il est extrêmement bien documenté et rédigé.


[2] Shere Hite,
    Sexe et business
    Éditeur : Village Mondial (1 novembre 2000)
    Format : Relié - 272 pages
    ISBN : 2842110994

Cet ouvrage parle des rapports hommes-femmes dans le monde professionnel. Dans un chapitre, il aborde l’impact des bandes d’adolescent-es sur le comportement de leurs membres.


[3] Marie-Jo Bonnet
    Les relations amoureuses entre femmes, XVI-XX siècle
    Éditeur : Odile Jacob (24 mai 2001)
    Collection : Poches Odile Jacob
    ISBN : 2738110126

Un des rares ouvrages sur le sujet. Fort bien écrit. Aborde également la question des comportements transgressant les normes en matière de genre ("cross gender" en anglais, comme par hasard, cette expression n’a pas de traduction en français).


[4] Vern L. Bullough, Bonnie Bullough
    Cross dressing, sex and gender
    Éditeur : University of Pennsylvania Press (mars 1993)
    ASIN : 0812214315

Ouvrage très bien fait et l’un des seuls à traiter des traces historiques des comportements "corss gender" en occident.

[5] Alice Miller

Alice Miller a non seulement écrit sur les maltraitances, sur les causes de la violence dans les maltraitances graves, mais elle a aussi documenté l’enracinement historique et idéologique des maltraitances dans le système patriacal. Son apport est absoluement essentiel.


Alice Miller  
  C'est pour ton bien
  Éditeur : Aubier Montaigne (novembre 12, 1998), Collection : Psychologie Ps,
  ISBN : 2700703723

_ Alice Miller
  L'enfant sous terreur
  Éditeur : Aubier Montaigne (janvier 7, 1993), Collection : Psychologie Ps,
  ISBN : 2700721063


_ Alice Miller, Léa Marcou (Traduction)
  Libres de savoir : Ouvrir les yeux sur notre propre histoire
  Éditeur : Flammarion (août 2001)
  ISBN : 2082100391

_ Alice Miller, Léa Marcou (Traduction)
  Notre corps ne ment jamais
  Éditeur : Flammarion (septembre 10, 2004)
  ISBN : 2082103625