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19.03.06 Une étude sur la prise en charge des personnes âgées gaies et lesbiennes

Publié le samedi 12 août 2006.


Ces derniers temps, la presse canadienne a fait état d’une nouvelle et intéressante étude de l’école de service social de l’université McGill sur la prise en charge des personnes âgées gaies et lesbiennes.

On trouvera, par exemple, l’article suivant :

http://www.cyberpresse.ca/article/20060315/CPACTUALITES/603150874/1015/CPACTUEL

L’étude elle-même est disponible à l’adresse suivante :

http://www.mcgill.ca/interaction/aging/

Elle existe en français et en anglais.

Cette étude a été réalisée sur la base d’interview d’environ 90 personnes. Certaines étaient des aîné-e-s, d’autres des proches d’aîné-e-s. Les autres étaient des professionnel-le-s de la prise en charge des personnes âgées. Ces personnes provenaient des régions de Montréal, de Vancouver et de Halifax (nouvelle écosse).

Les aîné-e-s ont encore le souvenir très douloureux d’une époque où les personnes homosexuelles étaient victimes d’une stigmatisation extrême (allant parfois jusqu’à la lobotomie...). Elles ont de ce fait appris à faire preuve d’une très grande discrétion au sujet de leur homosexualité et à ne recourir qu’avec une très grande prudence aux prestataires de soin. De ce fait, trouver des aîné-e-s à interviewer a été particulièrement difficile.

Mêmes si elles admettent ne plus vivre de discrimination dans leur vie actuelle, elles voient avec angoisse arriver le moment où elles vont devenir dépendante d’un système médico-social qu’elles craignent et qu’elles ont appris à éviter soigneusement. Elles craignent très fortement de se voir victimes de discrimination et de rejet de la part des personnes dont elles vont devenir dépendantes. Les cas documentés de discrimination ne font que renforcer leurs craintes.

Ce rapport cite en particulier les cas de médecins qui ont refusé d’examiner des aîné-e-s en apprenant leur homosexualité, celui d’une personne qui s’est vue refuser toute aide de la part des infirmières de l’établissement dans lequel elle était hébergée, ainsi que celui d’une personne encore chez elle qui a vu son aide familiale surgir avec une bible pour tenter "de la sauver de cette chose blasphématoire"...

Les aîné-e-s craignent d’autant plus ce genre d’agression qu’ils se sentent fragiles, vulnérables et dépendants. Ils ont donc tendance à cacher soigneusement leur différence aux intervenants dont ils dépendent.

Cette dissimulation a d’autant plus d’impact que les intervenants hétérosexuels ont fortement tendance à nier jusqu’à l’existence d’un problème. Ces derniers affirment vouloir traiter tout le monde de la même manière et ne pas voir où se trouve le problème. La conséquence est que les aîné-e-s se gais et lesbiennes sentent encore plus niés dans leur différence et le ressentent très douloureusement.

Les auteur-e-s de l’étude ont cependant pu trouver des personnes sensibles à la spécificité du vécu de ces aîné-e-s. Il s’agissait soit de personnes soucieuses d’agir et de vivre de manière non discriminatoire, soit des intervenants qui étaient eux-mêmes gais et lesbiennes.

L’incompréhension et la discrimination face aux aîné-e-s gais et lesbiennes était aussi nettement plus forte parmi les personnes de nouvelle écosse, que parmi les personnes de Vancouver et celles de Montréal. Quant aux aîné-e-s, ils étaient nombreux à vouloir déménager à Montréal, car ils perçoivent cette ville comme beaucoup plus tolérante et accueillante à leur égard.

Cette étude montre qu’un important travail de sensibilisation, d’information et de formation des intervenants et des personnes aidantes bénévoles est nécessaire pour que les intervenants professionnels et bénévoles s’abstiennent de tout comportement discriminatoire et fassent preuve de la sensibilité et de l’écoute nécessaire pour que les aîné-e-s gais et lesbiennes se sentent respecté-e-s par le système médico-social dont ils deviennent progressivement dépendants.

Je ne sais pas s’il existe une étude équivalente en Suisse ou en Europe francophone, mais je n’en n’ai jamais entendu parler. Je suis quant à moi convaincue que les problèmes sont au moins aussi importants et que le travail de sensibilisation, d’information et de formation nécessaire pour rendre nos services d’aide à domicile et nos établissement médico-sociaux respectueux de nos aîné-e-s gais et lesbiennes est au moins aussi important qu’au Québec.